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danri
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Date de création :
25.08.2008
Dernière mise à jour :
25.08.2008
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Pièces Interdites

Posté le 25.08.2008 par danri
LE BAR DES MORTS


LES PERSONNAGES


MAX
L'HOMME MASQUÉ
ALICE
EDITH
JULES
P'TIT LOUIS
LE FRÈRE DE P'TIT LOUIS
YANN
ZACK
PAUL
ABDEL
BOX











Acte 1
Voix off
La scène vit...
(un temps court)
Silence !
VOIX OFF
La mort ? Ce n'est qu'un mot de tête furieux !
Le fond de la scène s'allume, le bar regarde le public. Au creux du bar le barman lave nos verres, tête baissée, on ne voit pas son visage...Ses gestes dansent, peut-être de joie !
Son
Musique qui passe à l'envers
(Bob Marley)
Le barman se redresse de sous le comptoir. Un homme se redresse aussi... Il est masqué et habillé comme lui; ils se poussent. L'homme masqué l'éjecte, crack ! Le barman s'arrête... silence...
Le barman
Je...


L'homme masque
( Il parle en voix-off de la même voix que le barman... )
Je ! Va derrière le bar, je te sers un verre !
Le barman obéit...
L'HOMME MASQUE
Tu te souviens ?
Il lève le doigt au ciel.
SON
Bruits stridents
Le barman couvre ses oreilles.
L'HOMME MASQUE
(lui servant un verre)
Regarde-toi bien !
(Lui prenant la tête)
Hein toi !
(Le volume de sa voix-off hausse)
Toi, toi, devant toi !
Le barman cligne des yeux.


L'HOMME MASQUE
Tu te rappelles, ou, ce n'est que la crainte de te voir en face ? De te faire face, alors ?
Le BARMAN
Je me rappelle avoir eut une famille... tout comme avoir été un homme...
VOIX OFF
Laissez courir l'hombre !
LE BARMAN
Je crois en ce dernier regard qui jadis m'a fait naître ou mourir, ici, et je ne sais pas ! Où se trouve la minute fatale où j'ai vu s'entrouvrir la mort ici.
SON
Bruits stridents, tirs, cris !
Lumière sur toute la scène. Des corps sont allongés par terre, rouge vif !
L'HOMME MASQUE
Tu te vois pas là ? Hein, mon amour, mon vise à vie ! Ah, ah, ah, mais qui es-tu ? hein au fait ?
L'homme masqué marionnettise le barman, chaque geste est une pulsion que l'homme masqué orchestre... le barman âme violée titube aux gestes dominateurs de l'homme masqué.
VOIX OFF
Je coupe les fils de la marionnette !
Le barman tombe.
Le BARMAN
C'est toi, hein, qu'a fait ça ? Tiens-moi debout !
L'homme masqué s'approche en bougeant les bras, comme pour réveiller le corps du barman.
Le BARMAN
J'ai peur de toi !
L'homme masqué s'approche en corps, stop, sert les poings fort.

L'HOMME MASQUE
(tendrement)
De toi Max, de toi !
L'homme masque saute, le barman est aspiré, il s'écroule, anéanti par la fureur...
Noir
SON
Bruits de pas, quatre notes au piano, toujours les mêmes, un cri de chat...
VOIX OFF
Arrêtez Max !
SON
Battement de coeur, bruit de tir !
VOIX OFF
Il est devenu fou ! Max ! Max !
Lumière
L"homme masqué se tient au milieu des cadavres.
L'HOMME MASQUE
(rieur)
T'as peur de toi Max ?
Il enlève le masque, c'est le barman...
Max
Non, mais non !
Un temps long.
MAX
Un peu de ménages ici, ce serait bien !
Il relève les tables, et chante en traînant les corps qu'il replace sur les chaises.
LuMIÈRE
Les corps tiennent bien en place, ils se raidissent, comme revenant d'une bourre des diables...
MAX
Allez Abel, mets-toi bien, mon vieux !
Il le couche à côté du bar. Il installe Box sur un siège et le cale sur le bar.
MAX
Sale Irlandais, fous ton cul là mon pote !
Il assoit Yann et Zack sur deux sièges à une table. Il laisse Paul couché.
MAX
Allez ! On va fêter ça.
Il va derrière le bar, allume de la musique et danse de ses gros pas de lourdaud, mis en fête par le Reggae.

MAX
Yeah
(Il boit)
J'ai mal à la tête, mais ça m'aide à m'en servir !
Il se baisse en un geste cool jazz, se relève et montre du champagne !
MAX
(En un clin d’oeil)
Un p'tit coup les gars ?
À ce son.
Abel
Arrose Max !
Yann
Eh Max ! Inonde ! Zack et moi on repète ça !
Paul s'enlève un verre, et montre, avec une torche, une affiche porno.
Paul
Une p'tite coupe aussi pour la petite blonde, Mac !
MAX
Ça roule mes poules ?
Abel traîne son verre sur le comptoir aller et retour. Max le sert.
MaX
À volonté mes damnés !

Box
Un pour toujours !
Max sert.
Yann et Zack pètent et rotent le bide à l'air.
YANN
Zack, écoute le son !
Il pète.
Zack
Sale croque-mort prend ça !
Il rote.
Sur le bord de la scène, Paul entre en matière...
PAUL
Belle blonde, poitrinée, saucissonnée, en de belles tranches... j'ai faim !
Il regarde dans le vide qui l'entoure.
PAUL
De toi, oh !
Il s'approche, matcho, puis des yeux, l'enlace.

PAUL
Pardon, oui doucement je brode, alors ? Belle écrevisse ?!
Le reste se murmure à l'oreille de la dame.
VOIX OFF
Pas de musique, pas de jeu, on vit ici, deux poings sur la table !
SON
Grondements
Tout le monde bouge comme s'il y avait un tremblement de terre. Une femme entre c'est Alice.
SON
Tam-tam qui imite le coeur qui bat...
Tous se lèvent, ils marchent en poussée...et gargouillent des choses que l'on n'entend, ni ne comprend... Max tape sur le bar et le son de leur converse se fait entendre.
ABEL
C'est parce qu'il fait noir que tu visites les bars ?

Alice
Je suis venue ici pour vous distraire, je sens que je vais partir pour vous distraire, bande de morts !
Elle regarde.
ALICE
Quel bordel ici ! Je reviendrai quand tout sera rangé...
MAX
Ce sera fermé !
BOX
Elle arrive au bal, tout emmitouflée, mais ses cheveux indiquent qu'elle se diffame...
(En gueulant)
T'es ici parce qu'on t'accepte nulle part ?
Elle s'assoit à côté de Yann et Zack.
YANN
(postillonnant)
Jj'ai vvu ma peau sse décolller, jj'ai vvu la mmort ddans lles maggazzines. M'elllectrocuter ssans rrien ddirre... bouhhh !
ALICE
Arrête ton char !
YANN
(Tout simplement)
Je dis n'importe quoi pour trouver un intérêt à la boisson, c'est tout !
ZACK
D'où viens-tu ? Pourquoi cette ressemblance ?
Un temps long.
ALICE
Il faisait noir, je marchais et mon ombre allait plus vite que moi et je suis là... je suis belle quand je meurs, il y a écrit ça sur ma tombe... je suis belle quand je ris, ça je suis revenue pour le dire. J'ai signé la mort dans le dos. Il y avait ces mots en lettre rouges sur ma tombe, à travers les "Never More". Le son contraire qui me crie: meurs !
Elle va vers Max.
ALICE
C'est ça ! Je veux une bière !
Le poing sur la table.
MAX
Quoi ?
(fort)
Tu veux quoi ? Tu parlais ? Pardon,  j'écoutais pas !
Elle tape des pieds en impulsion.
SoN
Bruit qui déplace les murs.
Tous les clients se mettent à bouger dans tous les sens, ivres de leur sang... peut-être du nôtre ? Ils s'affolent un peu, s'aliènent, le vent souffle la réflexion, ... ils se calment. Abel fait des gestes d'automate déréglé. Box a un geste frénétique qui envoie Yann par terre. Paul s'accroche à sa photo, la supplie, fait le tour de la scène et revient. Abel et Zack tapent des pieds. Yann joue le cochon.
YANN
Grouinkk !!
Max et Alice sont au ralenti.
MAX
Tu émets, des mais, ok ? C'est pourtant sûr mais Sanson !
Il prend son chiffon, le met sur son épaule et met ses deux mains sur le bar.
MaX
Vous désirez ?
Changement frénétique de lumière pendant 4 minutes
Alice prend une bouteille, tape sur la tête de Max qui évite le coup mais va choir la tête au fond du bar... elle se retourne le tesson de bouteille à la main et les affronte.
SON
De grattements, de claques, de seaux d'eau, des claques, puis une musique douce.
ALICE
Si on chantait pour oublier qu'on vit ?
Max se relève. Alice lui agrippant la tignasse.
ALICE
Je n'ai de respect pour personne ! Je ne connais que toi, personne !
Les autres
(en choeur)
Deuxième dilemme; l'hypocrisie... c'est un défaut malsain qui me ronge...
Noir
Acte 2
Lumière sur Edith.
SON
Big bang back home zion de Bob Marley
Edith
Quand je fais l'amour à un homme, je veux qu'il m'aime pour deux...
Elle se gratte l'épaule, comme pour se toucher, lève la tête.
EDITH
Eh ! Pourquoi me regardes-tu dans le noir, toi que me veux du bien ?
Un temps.
LuMIÈRE sur le barman
MAX
J'aimerais jouer sans texte, mais je ne sais plus quoi dire.

EDITH
J'ai soif !
Le côté cour s'allume
La scène représente une mini-salle à manger, une télé, un fauteuil. Quelqu'un est assis dedans, inerte. Un homme et deux enfants surgissent...
Jules
Edith ! Tu sors en laissant la porte ouverte pour qu'on étrangle les enfants ou quoi ? Allez les petits...
EDITH
Vous êtes témoins d'une scène d'amitié, l'amour n'existe pas...
Elle se prend la tête dans la main et parle plus vite.
EDITH
Ouvre ton livre et écris Amour sans A et la page du livre se fermera toute seule, mon gros Jules !
JULES
On dîne de quoi ce soir, j'ai faim de ne pas savoir.
Un temps long.
JULES
Ah, vraiment... je travaille dur et très tard, je gagne notre argent !
(Il fait un tour, énervé)
Que tu dépenses à boire, à vadrouiller, blabla ? Blablabla, bla ! bla bla bla...
SON
Bruits stridents
Edith se retourne brusquement, sert le poing haut, puis se retourne doucement...
EDITH
Encore ce bruit ! Je... suis assise dans un fauteuil, je regarde la télé et je bois de la bière et mon sang...
Jules s'immobilise. Edith punit.
EDITH
Ne t'alarmes pas !
EDITH
(patiemment)
Jules ! Une maison c'est fait pour des gens, on étouffe ici ! Derrière la vitre, il me regarde en me tendant la main, je me retourne, mais c'est devant moi que je dois regarder ou ne pas regarder ?... Mon bébé, il est si attendrissant, il est tard, Jules tu n'es pas encore rentré, je t'attends.

MAX
Si l'image est brouillée derrière toi, c'est pour ton bien.
(Il lève les bras comme pour faire naître l'atmosphère)
LumiÈRE aveuglante
SON
Bruits stridents
MAX
C'est toujours derrière toi ?
EDITH
Est-ce que c'est toi qui embrasse les vitres Max ? Et pourquoi me regardes-tu à travers la vitre ? Tu n'ouvres pas la porte ?
Un temps. Max prend une bouteille qu'il donne à Edith.
MAX
Bois chère Edith !
Jules est assis à côté du corps d'Edith, boit de la bière, et regarde la télé comme un mec bien.

EDITH
Les arbres brûlent, les gosses dorment, je veux voir d'où vient la fumée. Un homme me mitraille de photo... derrière-moi quatre yeux me regardent, le sais-tu ? Ça !... forment-ils un seul corps, Max ? Assis devant moi des oreilles et des yeux soupirent. Au lieu d'un visage, je vois trois faces. Je me gratte alors ma troisième face dans la vitre. Grâce au miroir, je peux voir tout, tout ce que je fais... derrière moi à travers la fenêtre. Il y a un chemin entre les trois haies, là est mon passage, tu sais.
Edith caresse le bar, en extirpe une bouteille, en un geste.
SON
Bruits stridents
EDITH
Encore ce bruit ! La porte sans serrure s'ouvre alors que je suis dehors...
MAX
À quoi bon être, ici ? Arrête de t'écouter parler. Ah quoi bon ?
Un temps.

MAX
Mon oreille ? Tiens, prend-la ! Arrête, c'est bien comme ça, tu ne feras rien de mieux. C'est toujours derrière toi ! Tu te tranches les veines !
Jules sursaute, regarde Edith. Il met ses deux mains sur son coeur, implore le ciel, et se couche sur Edith, le bébé d'or s'endort.
MAX
En regardant le bas de la fenêtre... dehors il n'y a jamais rien eu, derrière toi non plus !
EDITH
(Effrayée et soûlée)
Mais ? Tu dis ça ? Sans regarder le miroir !
Elle se laisse tomber sur le bar.
MAX
(Tendre et distant de l'action)
Fais-le s'il te plaît, j'ai froid !
Edith laisse tomber un soupir.
MAX
Merci ! Sur la table il y a deux coquillages, le rayon de nuit vous dit salut !
Jules prend le corps dans ses bras et fait un tour, tournoie avec le corps devant le public, le soulevant et le serrant dans ses bras. Edith le regarde.
EDITH
Une scène d'amour immobile entre eux pour l'éternité.
(Elle tape dans ses mains)
Bravo !
JULES
Pourquoi ?
Edith s'approche pour regarder.
JULES
On était heureux, tu avais deux mômes géniaux, bla, bla, bla, bla, bla, bla, bla...?
Edith déambule, bouteille à la main, ivre, si ivre. Elle entoure Jules de son aisance, un seul pied à la fois la guide. Elle délivre une pression agressive, maintenant ! Elle se snobise en elle.
EDITH
Tous les tableaux sont à l'envers, mais les noms sont écrits à l'endroit.
(Elle s'immobilise tête en bas et secoue la tête)
Une fourmi porte une miette de pain et l'emmène dans ma tête.
Le corps dans le fauteuil bouge aux gestes damnés d'Edith. Jules se renverse horrifié, le corps se renverse sur lui soulagé de sa dernière action. Edith en rejoignant le bar sert ses bras autour de sa taille à elle, à lui... Jules est hypnotisé.
EDITH
Tu m'entends dis, tu dis rien... Tu parles quelle langue ?
JULES
Bla bla bla bla...
EDITH
(Se retourne brusquement)
Oui, merci, merci...
Jules s'allume une clope.
EDITH
Tu fumes, moi aussi...
(Il se remet à parler)
Et moi aussi je parle toute seule, belle
Découverte !
Noir complet lumière sur un petit gosse

Le gosse
Maman !
(En hurlant)
Maman !
EDITH
Si je lui réponds, que pensera-t'il de moi ?
P'tit Louis ! J'ai peur de ne pas voir mourir mes gosses.
NoiR
La scène suivante se passe en voix-off.
EDITH
Qu'est-ce... que tu veux faire quand tu seras grand, p'tit Louis ?
P'tit louis
Je sais pas et toi maman ?
EDITH
Je sais pas p'tit Louis, je t'aime...
P'TIT LOUIS
Moi aussi maman, je t'aime...
LuMIÈRE sur le bord de la scène
MaX
Au revoir.
EDITH
(En partant)
Vous savez, je ne dis jamais merci ni bonjour, alors... je ne vois pas pourquoi vous me diriez au revoir !
MAX
Vous ne seriez pas si fière si je ne vous avais pas photographiée...
Edith est partie avec les Dieux !
VOIX OFF d'edith
Je me regarde, je souris ! Mais le problème, c'est que le miroir prend ça pour lui...
NoiR
Acte 3
Lumière sur max
VOIX OFF
Une femme seule ne peut pas vire, un homme seul ne peut pas naître...
Max est assis dans son fauteuil, côté cour et siffle une bouteille... il lâche la bouteille, et ferme les yeux.
SON
Bruits stridents
La lumiere baisse,
Max s'endort en bougeant la tête...

SON
Bruit de voitures.

MAX
Tu vas voir, c'est un coin super... la campagne ! Tu voulais te reposer dans un endroit de rêve, tu l'as !
ALICE
Oui, mais si tu veux faire du commerce, tu crois pas que la ville s'y prête mieux...
LUMIÈRE
Max et Alice sont au-devant de la scène, ils regardent vers le public.
MAX
Regarde, comment tu trouves la devanture ? C'est bien ?
ALICE
(La main sur la bouche)
Oui, Max... oui....
MAX
Ils seront peinards ici les mômes !
Il se retourne, la regarde dans les yeux.
MAX
Sérieusement
(Un temps et d'un trait)
L'école est à la ville tout près d'ici, on a la route à côté, on aura du monde et ce sera le repos !
ALICE
Le non, c'est quoi ? LE BAR DES MORTS ?
Max l'anguille...

MAX
Écoute le nom c'est rien, on le fera changer, j'ai les clefs, on rentre ?
Ils entrent ...
LUMIÈRE
MAX
(oppressant)
Alors !
ALICE
Oui, c'est très bien... mais je continue à penser que si tu veux faire du commerce...
MAX
(enjoué)
Faire du commerce... en ville... c'est mieux...
(chantant)
Écoute, le terrain plus le bar dix briques une bouchée de moineau, c'est pas une affaire qui roule ça ?
Il la prend dans ses bras et la fait tourner.
MAX
Viens, on va chercher les mômes.

ALICE
Je t'aime...
NoIR
SON
Bruit d'aspirateur.
LumiÈRE
Max est assis dans un fauteuil, la tête dans les mains. Alice fait le ménage.
ALICE
On a eu que deux clients pendant la semaine... des campeurs...
MAX
(Enserrant sa tête pour étouffer sa migraine)
Écoutes, le... si tu ne prends pas patience, tu vas nous porter la poisse
(Sa voix devient lugubre et lente... des profondeurs)
J'ai eu une idée... avant le bar marchait... très bien... remettons l'enseigne à sa place, et... peut-être que... les habitués reviendront.
Alice s'agite, en transpire.

ALICE
Le bar des morts... c'est pas un nom de café ça !
Le regard de Max est fixe et ses yeux se transforment, s'enroulent en spirale vers la fusion... il l'a terrorise... sans intention.
MAX
De toute façon c'est son nom ! Je vais le faire.
Alice parle de plus en plus vite et enchaîne des mots venus du fond de sa gorge.
ALICE
C'est son nom, mais nous sommes les nouveaux propriétaires et nous avons changé l'enseigne, ça nous a coûté de l'argent Max !
Il sort de toute façon pour plus rien n'existe !
VOIX OFF
N'est-ce pas Max ?
MAX
Quoi ?
Il sort.
NOIR
VOIX OFF
Que de toutes les vies plus aucunes n'existent ?
LUMIÈRE
Alice est accoudée au comptoir. Te regarde. Les yeux d'Alice dorment.
Voix ofF
Nous accompagnons ses craintes qui frapperont maintenant !
ALICE
À qui tu parlais hier soir ? Je t'ai entendu parler dans le bar alors qu'il faisait nuit noire...
Max te coupe Alice...
MAX
Je ne parlais pas, qu'est-ce que tu racontes ?
SON
Bruits stridents
MAX
(En alerte)
Encore ce bruit.
ALICE
Quel bruit ?
Max, gestes rapides à l'insecte question.
ALICE
En tout cas tu parlais...
Max bondit, se glisse comme un chat, la torture de névrose et d'un geste la capture. Les sourcils au point culminant, il fait des gestes avec sa langue devant Alice et la tire par les cheveux pour qu'elle le regarde d'en bas...
MAX
Écoutes, il se pourrait bien que tu nous portes la poisse et puis j'en ai marre de tes questions ! Ce soir aura du monde.
ALICE
Mais lâches-moi, tu veux, tu deviens fou ?
NoiR
SON
La musique passe à l'envers.
Abel apparaît. Dans l'obscurité.
SON
Bruits stridents
LUMIÈRE
Max est au bar.
MAX
(Déjà sous hypnose)
Alice, lève-toi y'a du monde !
ALICE
Quoi, à c't heure-là ? Qu'est-ce que c'est que ça encore ?
Alice entre ses traits sont tirée comme si elle n'avait pas dormis depuis très longtemps, en robe de chambre... devant elle, face à face, au bar, Max et Abel.
MAX
Alice, c'est Abel !
La lumière s'étend jusqu'à ÉBLOUIR
Derrière Alice s'avance lentement Box

BOX
(Tel un heureux cadavre)
Et moi c'est Box.
Tous les hommes sont figés par leur rictus, et par cet air si pesant... Alice fait naviguer ses yeux de l'un à l'autre, aperçoit Yann et Zack, un geste de la tête vers Paul terré dans la seule obscurité de la scène, tourné vers le mur, elle s'avance vers lui, à son front une lampe d'archéologue dirigée sur une fille de Play-boy accrochée au mur, il lui parle.
PAUL
Belle blonde... écrevisse, tapissée sur un fond de canard laqué.
Alice en un sursaut d'horreur se précipite vers Max.
ALICE
Ils sont fous nos clients !
MAX
(disjoncté)
Non, allez sers les !
Abdel, doucement traîne son verre sur le bar. Box, soudain attrape Alice et la fait danser.
ALICE
Laches-moi !
Box la regarde comme un sadique et lui tord le bras.
BOX
J'attends qu'elle dise le mot et je la bas.
Max boit en regardant la scène à la télé. Puis doucement, parle à l'homme invisible qui l'observe depuis le début de toute l'histoire.
MAX
J'avais une mère, il y a longtemps, c'n’est pas que ma mère soit morte mais ma femme le croit.
Alice tremblante comme un insecte coincé contre les parois brûlantes d'une lampe de cinq cents watt.
ALICE
C'est bon, je vous sors tout !
Elle court se réfugier derrière le bar, mais Abel l'intercepte.
ABEL
Il est 1 heure 30, c'est pas l'heure de mourir.
Alice se débat, les yeux exorbités, envoie ses pieds et ses poings lancés dans toutes les directions...
ALICE
Arrête, tu me fais peur !
Elle crie, Abel tombe et ne se relève pas. Alice se tourne vers Max, qui s'avance en froid et la gifle. Elle gémit, prend un plateau, va servir Paul comme un automate.

PAUL
Je suis un démon qui sait de quoi il parle, j'ai été un ange avant...
(Il rit d'un rire de damné)
ALICE
Ta gueule ! Ta gueule ! Ta gueule !
Elle va servir du vin à Yann et Zack. Yann lui prend la main de force et la regarde, grimace de croque-mitaine...
YANN
Je me regarde, je tremble...
Zack prend son autre main, lui fait lâcher un cri, et lui sourit, comme s'il était sa tombe...
ZACK
Je pense, je meurs...
YANN et zack
(en choeur)
Je me ressaisis juste au moment où je quitte ma tombe.
ALICE
Arrêtez, arrêtez ! Max ! Dis leur d'arrêter, s'il te plaît, s'il te plaît !
Max souriant comme sous opium...
MAX
Je t'abandonne ce cauchemar, dors bien.
Alice est piégée, elle tourne en rond comme un chat effrayé, Box la chope d'un bras.

BOX
Le chat n'ouvre les yeux qu'une fois pourtant son regard de couguar me fixe, Alice... c'est un cauchemar !
Alice se sauve en criant comme une petite gosse... Box se lève comme un juge, des entrailles du monde. Il s'adresse à Max.
BOX
Regardes pour voir si elle ne s'est pas enfuie, car tu ne sais pas quand tu ...
MAX
Quand elle ! Elle court et se retourne, puis peu à peu se traîne, elle vit car je l'aime... Elle a pris le pistolet, elle se couche finalement, sourit et éclate de rire.
VOIX OFF d'alice
(Dans l'agonie d'une voix rauque et perdue)
Il fait noir, je n'ose plus entendre les bruits que je fais... j'ai peur de voir... autant dormir et mourir... une fois...
Max se bouche les oreilles et gueule.
MAX
Alors tire !
VOIX OFF D'ALICE
Je touche mon cou, mon menton, mes yeux, mon nez, me tête, pleins de sang avant de dire ouf.
Noir COMPLET
SON
Bruits stridents
LUMIÈRE sur le fauteuil
MAX
Je me souviens, ma femme, mes gosses, ont eu leur heure ici, cet instant tinte dans ma tête comme le fracas d'un verre qui tombe dans mon bar où toutes les têtes sonnent creux d'un sommeil de mort.
Fin



LES AIMANTS TERRIBLES


PERSONNAGES



Orlando
Sophia
Orlando enfant = 3ième gosse
1ier gosse
2ième gosse
Sophia "Petite fille"
Sosie d'Orlando
Sosie de Sophia
Mme Verdier
M Dux = 1ier Clochard
Le Gardien = 2ième Clochard
Un flic
1ier garde
2ième garde






Noir
OFF
C'est quoi un homme de dos ?
C'est Dieu qui s'en va...
Et de face ?
Une illusion.
La lumière s'allume côté cour.
La scène est vide.
NoiR
LA LUMIÈRE S'ALLUME
Un piano.
LA LUMIÈRE S'ALLUME
Un chandelier sur le piano.
NoIR
Le chandelier s'allume, on aperçoit un homme, une femme. La femme se met à chanter. La scène se passe en deux faces de lumière...
Sur un côté Sophia chante et Orlando l'accompagne au piano.
Sophia
Pour un pas vu, pas pris.
Les vacances à perpette
Son
Bruit de fracas de porte (x3)
SOPHIA
Vu et pris
C'est deux balles dans la tête.
(Elle chante)
J'ai tué
(Elle tourne)
Souviens t'en
(À son oreille)
J'ai tué, j'en ai oublié leurs noms, j'm'en fous, ils étaient si bons... j'ai encore envie de mourir, de tuer avant que tu n'écrives
(Voix grave de Sophia)
J'ai tué des poètes, j'ai brûlé des acteurs, j'ai piétiné des doc, mais jamais d'écrivains...
Sophia et Orlando partent.
En même qu'elle chantait, sur l'autre côté de la scène s'est déroulée cette scène.
Une femme arrive les cheveux ébouriffés, comme une furie, elle étrangle son sac à main, elle est habillée comme Sophia mais elle est brune. Elle a une barre à la main et frappe un homme. Et elle frappe cet homme si... ah ! Ça continue si... ah... grave... elle sang si... ah ! Elle l'achève.
NOIR
OFF
Stop ! Voilà qui va donner plus de haine encore... criez que vous avez mal, que la vie est injuste, que de dénouement heureux vous n'en aurez
Pas ! mais vous garderez la vie encore quelques heures...
Sophia et Orlando partent.
Noir
Un fil de lumière sur une perruque blonde, sur le piano.
SON
Bruit de crash, guerre en accéléré, gémissements...
NOIR
OFF
(On entend un journaliste bourré)
On apprend à l'instant que le gang des "Aimants" séquestre le personnel de la Rox bank de Paris.
Un temps.
OFF d'un journaliste bourré
Pour le moment, Gangsters et policiers n'ont pris aucun contact, un autre communiqué suivra dès que nous aurons du nouveau... Dan Pasvague sur Air du nord.
OFF d'une femme
Les députés du parti unique viennent de voter pour élire notre prochain suprême... Vous aurez le résultat du vote juste après le grand tirage du Loto, loto sportif, Kit et doublé, tiercé spatial, etc., etc., etc., etc...
Lumière
La scène se passe dans une banque. Orlando coupe la radio. Deux hommes sont debout, regardent le couple, une femme est assise.
Orlando
J'aurai pu m'appeler Dogme, mais je ne veux pas me répandre en Cil labes inutiles, alors sourd, je me réponds à moi de ne jamais m'appeler...
Mme verdier
Tout le monde ici connaît votre nom et votre morale !
ORLANDO
Et qu'elle est-elle, Mme Verdier ?
Sophia se lève et regarde les deux hommes.
Sophia
Y a que madame qui parle...
M dux
Je n'ai rien...

SopHIA
À vous dire ! qu'est-ce qu'il faut faire pour être directeur de banque ?
M DUX
Être honnête.
Sophia passe le flingue sur sa tempe, s'assoit sur la table, écarte les jambes et joue avec son flingue à fléchettes, vise Dux.
SOPHIA
Quand avez-vous découvert votre vocation d'honnêteté, M Dux ?
M DUX
Je l'ai toujours eu pour ma sauvegarde.
Sophia se tourne vers Verdier, joue avec le gun et le flingue à fléchette sur la pauv'dame.
MME VERDIER
J'ai pas envie de crever !
SOPHIA
Quoi, mais pourquoi ? C'est bizarre ! L'attrait d'une vie de bonté mérite une mort du mal...
MME VERDIER
Vandales, assassins !
SOPHIA
Autant de prénoms à mon nom.
MME VERDIER
Vous dépassez du cadre de l'humanité !
SOPHIA
C'est pour en voir les couleurs !
ORLANDO
(applaudit)
Bravo, super, sublime !

SOPHIA
Vous allez nous chanter une chanson maintenant ! Car un de vous va mourir. Peut-être lui... ou elle !
MME VERDIER
Nous sommes en train de parler à des fous !
SOPHIA
Si vous aviez choix ? Vous partiriez, bande d'enculés ! Vous auriez du mépris, de l'incompréhension. Vous avez raison de nous haïr, de nous juger, cela est bien. Vous serez tués avec sang chaud, comme des poulets frites.
Un temps long.
MME VERDIER
(hésitante)
C'est vrai, j'ai du mépris, de la haine pour vous, les gens travaillent toute une vie à créer ce qu'ils croient le mieux pour eux.

M DUX
Ils en chient eux, vous en avez vu vous ? Vous me faites m... mou...Mourir, ... ,non v... vomir !
(Il souffle et détache sa cravate)

SOPHIA
Vous êtes de la race des bien-pensants, il faut pour vous une fin dans les règles, on va établir les principes d'ordre ici avec vous ! Vous êtes le bien nous sommes le mal. Je suis fière et heureuse de ne pas faillir à ma portion, j'entends mériter le mieux possible mon auréole funeste.
Orlando se lève et tue M Dux: Bang ! Un temps. Il prend le téléphone.
ORLANDO
Je vous ai tué avec la plus grande noblesse. Par surprise ! Quel plaisir ! Ah, tout cela est beau !
Sophia tourne comme si elle avait une robe "Marie Poppins" sans s'arrêter.
SOPHIA
Vous allez maintenant tous mourir, une fin ni fine ni grossière, d'une humanité à faire bonheur à vos sens, vous allez mourir ! Pan ! Pan ! Pan !
OrLANDO
(Parle au téléphone)
M Dux est mort par vocation.
SON
Qu'est-ce que vous avez fait calmez-vous !

SOPHIA
(Prend le téléphone)
Quoi, pauvre con, pied de vache ! Une merde désorganisée comme toi doit pourrir la circulation du monde.
OrLANDO
Des otages, c'est très important, il faut en prendre soin. M Dux s'enfonçait dans la morosité en tant que docteur en médecine naturelle, non je pense qu'il s'ennuyait, je suis un peu comme lui, un peu las, soulé par tant de perte. Je prendrai une voiture où il n'y aura aucun flic ou micro, emmerdements...
SON
Vous aurez tout ça ! Et les otages ?
OrLANDO
Eux vont bien. Je crois néanmoins qu'il aimerait être chez eux, inspecteur... je pense...
Un temps, il regarde Sophia.
OrLANDO
Oui, je pense qu'ils en ont un peu marre.
Le gardien évite Sophia et se jette sur Orlando.
Le gardien
Sale ordure !
Ils se battent, Orlando se fait assommer mais Sophia tire dans la jambe du gardien et se précipite sur lui.
SOPHIA
Vous avez pas de la dope ?
La lumière baisse d'un coup
Une porte, elle s'ouvre, une petite fille est propulsée dans la pièce.
SON
Tu resteras là le temps que tu comprennes les règles !
SOPHIA petite
Papa, papa, ouvre-moi la porte, j'le ferai plus, papa, j'veux des forêts, j'veux une robe, j'veux partir, j'veux voir les oiseaux, les suivre, j'veux voler comme eux, papa où es-tu pourquoi, je te vois plus?
La lumière diminue
On ne voit plus la petite fille.
Sophia regarde le gardien évanoui.
SoPHIA
(Au gardien)
Papa, pourquoi les gens mentent !
Le gardien se réveille et ne la regarde pas.

SOPHIA
On partira sur la mer, on ira jouer, on nagera sous l'eau.
(Elle lui prend la main)
Papa m'en veut pas, jette la clef.
(Elle le prend dans sept bras)
LE GARDIEN
Allez ça va Sophia, tais-toi, on ira,
Sophia pleure.
LE GARDIEN
Sur les plages, on ira au port, on prendra le bateau...
Orlando se réveille et écoute comme un enfant.
LE GARDIEN
On ira dans le Pacifique, l'Atlantique, on va voir les bêtises que tu vas faire sur un bateau, attention, faut pas plonger sans moi, attention...
(Il prend l'arme)
Lèves-toi !
SOPHIA
Papa qu'est-ce que tu fais ?
Elle regarde dans le vide.
NOIR
Poursuite sur Sophia petite.
SOPHIA PETITE
Papa, je sais, t'es caché.
La porte s'ouvre.
SOPHIA PETITE
Papa ? Oh, papa, t'es tout beau !
OFF du père
Tiens mon amour, c'est pour toi, je t'aime...
Il jette un flingue, elle le ramasse.
LUMIÈRE
Elle pose le flingue sur Sophia et s'en va en courant.
ORLANDO
(Au gardien)
Arrêtes ou je bute la Verdier.
LE GARDIEN
Je n'hésiterai pas.
ORLANDO
Quel courage ! Quelle flamme ! Vraiment ! Je ne vois que trois doigts dans ta main, un manque et l'autre le cherche, tu souffres, tu n'as qu'une vie, revit et nie et meurt !
Il s'avance et tire sur le gardien.
OfF
La voiture est là, répondez ! Dring ! Dring !
ORLANDO
J'avais à dire à Dieu combien il avait été clément d'écrire ces lignes pour moi, pour toi, mais je ne pouvais et ne puis toujours pas souscrire à ses voeux. Si tant est qu'il ait d'autres idées dans les mondes suivants.
J'irai à travers mes morts écouter ses paroles et un jour serai-je un Dieu, un jour.
Sophia regarde le gardien, puis Orlando, elle se jette à ses pieds. Deux hommes arrivent sur scène, ce sont des flics, ils attrapent Sophia.
SOPHIA
Du plus profond jusqu'à fin fond de l'horreur, j'emporte Bande d'Enculée, la flamme de l'humeur, et ce n'est que par le feu que nous attendons de notre mort et la votre, Bande d'enculé !
Son
Les aimants ont fait exploser le car de police qui les emmenait... Le pacha suprême s'appelle le noble C, il a été présenté au peuple à trois heures ce matin, ils n'ont pu le voir qu'une minute, avant que tout Consiste Oyens aille se rendre dormir... Joc Overlas du Paris 21ième.
NOIR complet
Une rue, un clochard fouille les poches d'un corps allongé. Deux cigarettes s'allument.
Une lumière de rue se lève
1ier clochard
Ce pourri, il mérite des coups de savate, tiens chien ! Merci pour le fric !
2ième clochard
Ce salaud a buté une vingtaine de personnes, tiens enculé
(Il déchire ses vêtements)
On est comparé à ces lâches-là !
Il crache sur le corps d'Orlando.
1IER CLOCHARD
Je pourris dans les rues au bon coeur des gens qui s'alliennent, qui bientôt ne lâcheront plus un centime, quel porc !
(Il ouvre une bouteille)
Même musique qu'au début.
2IÈME CLOCHARD
Je suis déshydraté, je suis dépollué, et maintenant que je crois plus en rien, j'ai la méthode d'espoir: cinq litrons jusqu'au soir, des bulles nicotiniennes, du papier cru que j'avale... Il gît et je sens le tabac, et de ces coups-là, j'ai des marques blanches où il est écrits de ne surtout rien écouter et de lire tout, tout pour les mouettes qui empoignent le soleil pour s'aimer.
OFF
Tu vas voir c'est là qu'il est.
Les clochards se taillent. Trois gosses arrivent...
1ier gosse
Regarde, il est vraiment mort
Le 2ième gosse le touche.
2ième Gosse
Ah, c'est tout dur !
3ième Gosse
Monsieur monsieur, qu'est-ce qui vous arrive ? Réveillez-vous ! Réveillez-vous !
1ier et 2ième gosse
Il ne t'entend pas, il est mort !
OFF
Il est mort ! Il est mort ! Il est mort !
3IÈME GOSSE
Quoi, mais c'est quoi la mort, hein ?
1IER GOSSE
On dit qu'il tuait de sang-froid.
2ième GOSSE
Il cambriolait des banques, alors forcément...
Ils installent,  le corps sur un banc.

1IER GOSSE
Les mains en l'air !
2IÈME GOSSE
La caisse !
3IÈME GOSSE
Non je suis le gardien, et personne ne volera rien ici.
1IER GOSSE
Alors on va te faire pêter la tête et on va prendre le fric.
2IÈME GOSSE
Décide-toi !
Le 3ième gosse se couche et tire, il rate, les deux autres tirent.
3IÈME GOSSE
Ah je suis mort !
1IER ET 2IÈME GOSSE
Bien fait Charogne !
Ils partent, le troisième môme reste couché.
Noir cOMPLET
LumIÈRE

SOPHIA PETITE
Papa me laisse dans le noir, j'ai peur, j'volerai plus rien papa...
Le 3ième gosse fait à elle dans la pièce.
3IÈME GOSSE
J'suis mort ?
SOPHIA PETITE
Quoi ? Ah !
3IÈME GOSSE
Qui es-tu ?
SOPHIA PETITE
Tais-toi tu dois pas être là !
3IÈME GOSSE
(Regardant ses mains)
Regarde, j'ai un pistolet.
SOPHIA PETITE
Laches-le !
La porte s'ouvre.
NoiR
LUMIÈRE
Orlando marche et touche à tout ce qu'il voit.
ORLANDO
J'ai rêvé mille fois, pénétrer dans cette chambre où sont planqués ses souvenirs,
(Il ramasse un flingue)
J'ai porté la main sur lui sans erreur
(Il le met dans sa poche)
OFF
Sophia ? Sophia ? Sophia !
OFF d'un psy
Sophia a un QI de môme de quatre ans...
Sophia est assise la tête dans les mains et vise le ciel
SOPHIA
Un mur est une chose révoltante, nous avons inventé la dynamite ! Bombes en tout genre et fusils à mots. L'excité trouve la forme exacte... et il bombarde ! Sais-tu con ? Je suis mauvaise !
Orlando arrive.
OrLANDO
Tu réponds
Il s'assoit.
SOPHIA
Viens Orlando,
(Elle le prend dans les bras)
Restes-là, tu sais où vit le crime ? Dans la tête d'un boulanger ! À cette heure, il bouffe une baguette !
ORLANDO
Si la mort frappe, c'est qu'elle est à la porte. Je suis parti pour expliquer ça à un homme dans le métro, il ne répondait pas je lui ai offert une grenade...
SOPHIA
Et tu crois qu'elle a tenu ?
(Elle rigole)
OrlANDO
J'ai perdu l'habitude d'attendre, j'ai perdu pied à six ans... je voulais un sac de billes et pour moi, rien ne devait m'empêcher de l'avoir.
NOIR
OFF
Les aimants ! Il est impossible de savoir où ils vont, même quand la bague à la main, ils crient l'amour... le sujet de leur inversion est toujours leur dégoût déjà trop imaginé... les aimants, les aimants. Si ou sinon leur nom, veut dire l'abandon de leurs impressions... ils deviennent des aimants terribles et leur aversion les gave de souvenirs inodores, et ce n'est qu'en tirant la chasse qu'ils s'oublient jusqu'à demain... si tout ou rien des livres du pardon, veut dire encore, alors never no, always yes. Signé la mort de dos à travers les Never More.
SON
Bruit de vitre cassée.
La voix d'Orlando et de Sophia se fait entendre. Ils entrent complètement bourrés et tirent une balle dans la vitre. Ils se précipitent vers les bijoux...
OrLANDO
De quoi, de quoi !
SoPHIA
Vieux loup ! Dix cuillères de purée et fout toi le doigt dans le nez...
Orlando sort et revient avec un corps. Il l'assoit à côté d'un coffre... Sophia écrit sur sa tête un morpion.


SOPHIA
Écrire en fumant une clope, tu pues des phrases maudites, et querelles en courant contre elles. De bêtise en bêtise, j'ai trouvé des cadeaux
(Puis lentement)
Des bijoux, des joujoux, hiboux... j'ai... la...
Elle se lève lentement et dégueule sur le flic. Orlando parle.
OrLANDO
Da, da, pan !
Il prend un bouquin, le lit et répète des mots.
OrLANDO
Explorer; trouver, une porte, insomnie, doute
(Il s'arrête)
Avant, formidable, coulis, de débilité, Monsieur, Dan Rienvague, tête de porc...
Il jette le livre par terre.
ORLANDO
Franchement, tu peux écrire mieux
(Il sort un sac de fraise et commence à manger)
Imperfection, défection, enfin merde et orgueil... pas mal, hein ? Oui, c'est bien !
Orlando se retourne et va voir Sophia.
SOPHIA
J'ai vu un orage, le dîné à secousses, sois un peu diplomate et lâche-moi !
Orlando lui fout une claque et la fait manger.
ORLANDO
J'ai lu un ouvrage; la poupée aux milles tours... j'aime pas... tu peux écrire mieux...
Le téléphone sonne trois fois.Il l'emmène dehors devant la scène, Sophia respire...
SOPHIA
(Au public)
Vous avez pas de la dope ? Allez, on se barre d'ici, je respire plus !
Elle se libère, fout une pèche à Orlando. Le téléphone sonne trois fois puis Sophia décroche.
SOPHIA
Allo ? Non, vous ne pouvez pas parler à Raymond, car il n'y a pas de tonton, ni de bouquins de l'autre et à monts. Vous téléphonez peu ici. Monsieur, prenez votre numéro de téléphone et retéléphonez ! Votre ami n'est sûrement plus là-bas... ah, c'est votre oncle ! Mais je m'en fous, c'est nul de raconter des bêtises qui déterrent la débilité. Aga, agagaga !Oui à demain, je vous passe le pape en personne, Don Guisepe Falcone !
Orlando prend le téléphone, un temps, il ne dit rien...
OrLANDO
Allo qui t'es toi ? Vous parlez beaucoup ! Donne-moi ton adresse, je t'envoie un fleuriste.
Il raccroche. Sophia met une perruque.
NoiR
Chez eux, ils préparent leurs affaires pour faire un casse.
SOPHIA
Dynamiter le nid d'Hirondelles
ORLANDO
De la porte sud saisir le magot
SOPHIA
Situé à l'entrée du garde balancer l'or à la tête des passants et voler une bagnole direction Monaco. Après les années ce sont les morts qui passent...
ORLANDO
Direction la bank !

SOPHIA
Assez réfléchit
ORLANDO
Que cette dite est ratée !
Ils se préparent à partir
OFF
Police ! Police !
Sophia et Orlando ouvrent la porte et tirent sur les flics...
ORLANDO
Mais non y'a personne !
NOIR
SOPHIA
Vous avez pas de la dope ?
Rayon de lumière sur un transistor
OFF
Ici Dan Gueva et Cil Vague, sur Axe 9, les deux êtres se font un nid où, pendant deux mois, ils hiberneront, corps contre-corps, c'est la manière humaine de se réchauffer. La marmotte, elle, aura fait ses réserv... clic !
Sophia est entourée de deux plaisantants de l'ordre en activité qui tentent en essai de la maîtriser.
SOPHIA
Laissez-moi, foutez-moi la paix !
Un garde
Et les lois ?
Elle leur échappe, ils en dégustent.
SOPHIA
(Les domptant, magique)
Du calme. Je connais les lois du futur... mon sang souffle de la fumée... allez jette tes mains sur ta tête
(Et elle le fait)
C'est bennissimo, comme ça !
Elle court, elle joue et se rêve encore cette fois.
UN GARDE
(Sans rien pouvoir)
Viens toi !

SOPHIA
(gueule)
D'accord, t'as un cerveau où cuit une cervelle, flish...
Elle adresse: où l'auront-ils ? Ils l'attrapent.
OFF
Sophia, où est la peur ?
SOPHIA
Donne-lui une indication ! De sortir de sa cage, elle sent le renfermé.
Garde 2
(Au bord du gouffre)
Putain, on va te buter ! Bon tu rentres, allez, putain, deux heures pour arriver à ta cellule !
SOPHIA
Pousse-toi dedans, ton nez pousse deux fois plus vite que ta barbe et ton menton tombe... pense un peu plus positif ! Toi déride toi, les mots décroisés t'encroûtent... sort ! Va voir les spectacles, enrichis toi avant de dormir, tu dormiras mieux... vous trouvez pas que vous ressemblez à deux Alphonses ?
Les deux gardes s'avancent...
UN GARDE
Tu prends bien le chou !
NoiR
Ils se battent, la violent...
SOPHIA
J'ai mes règles du futur...
LUMIÈRE
Orlando et Sophia de dos. Ils parlent à voix basse et font péter des pétards de mômes...
SOPHIA
Allez pose-là ta question !
OrLANDO
Comment c'était chez les Nymphes et Torrides ?
SOPHIA
Je sais pas, j'étais pas là regardes !
Un homme pisse sur la scène. Sophia et Orlando en profitent pour aller pisser sur la scène...
NOIR

OFF
Je vous ai jamais dit que je voulais chier sur votre gueule, mais je vous ai chié ça, à vos risques et puérils !
Fin























QU'UN RÈVE S'ANIME

Personnages


Crélos
Syluvienne
Eliodos
L'ombre
L'homme qui se prend la tête
Orela
Sophie
Les trois dieux














1ier tableau
Un homme passe sur la scène.
Lumière
La pièce représente une chambre à coucher miteuse. Bière sur la table, croquis par terre et sur le lit. On entend tousser Crélos. Côté cour l'herbe pousse pour écrire un immondice de papier...
Syluvienne
Partout où je vais tu me suis... je n'ai qu'à sentir son ombre. Tu es là contraire, contrainte, à te voir la fin lis la sur le thème... souris de te voir libre d'aller pour l'éternité, voir comment les choses s'achèvent... tu as voulus m'aimer. Mais l'amour disparu, tu enlises la fin... inexorable oubli, je redeviens mère et toi, tu n'es que ma mort, tu griffes ma main, et indignes mes sens...
Crelos
Argh !!
La bougie qui se trouve à côté de Crélos s'allume.
Eliodos
Tout cela, tout ceci, tous ces mots, ah, si mon esprit valait mon image... tu parlerais des heures, je subis à outrance, violence, mais ne me noie pas dans tes mots, dans tes sens, j'entends aimer peut-être, j'entends-tu, je vois ton dos, tes mains, connerie que tout cela...
SYLUVIENNE
Tu lasses mon dialogue...
CRELOS
Tu bats, catalogue un nid de cigogne, un rêve qui grogne
Syluvienne et Eliodos se retirent. Crélos se lève, la bougie s'éteint.
LUMIÈRE
Crélos titube et tombe par terre.
CRELOS
Ron, ron, ron, ron...
Une ombre passe, la lumière diminue et s'éteint.
Off
Il va falloir comprendre, se laisser surprendre, accepter d'apprendre de soi, se laisser prendre
LUMIÈRE

CRELOS
Crélos met un disque. Il s'habille en fixant la glace, m'aimerais-tu, égocentrique ? à chier une de ces merdes électriques, me pousseras-tu sans règles à créer excentrique, sale image recrée, espèce d'utilité plastique.
Une fille entre et se déshabille, Crélos s'approche d'elle avec une toile. Ils dansent à gros pas.
CRELOS
Danse ma belle... Vole beau oiseau, diriges-toi vers le Styx, on a des heures à boire...
La lumière baisse
On les aperçoit comme dans un brouillard, Crélos peint. Un homme passe habillée classe.
L'homme qui se prend la tête
Ici, rien ne s'installe, on sait que tout passe comme un songe allumé, une cigarette perdue dans le vide...
Crélos et la fille sortent. Un temps. Il se replace au même endroit, face au miroir.

CRELOS
Je veux que tu voies, le vol de mouettes, c'est chouette en hiver, non ? Je veux que tu voies, je veux que tu sentes.
Là, il s'agite, il sort de scène, il revient au milieu de la pièce, ils sont deux. Crélos se met à boire et son ombre le remplace, une autre voix...
L'ombre
Déchire-toi !
Il peint, il lui crève l'oeil droit, elle saigne...
L'OMBRE
Hante-toi, étire-toi...
Il traîne, elle pleure, il peint.
CRELOS
J'ai de la haine pour toi, je te hais mon amour... je te hais, je te aime, d'haine. Crève et souris-moi.
Il boit et il chante.
CRELOS
Amour âme au pluriel, délivrance de la haine. Amour âme tu suggères, décadence de la peine...

OFF
Toc, toc, toc, vous massacrez les aveugles. Vous utilisez l'horreur, ils vendent nos âmes. Ils payent nos pauvres.
Son
Bruit de porte qui claque.
Noir
SON
Grand cri violent, Crélos traîne la fille, s'assoit et taille une forme de pinceau.
CRELOS
L'eau verse en une.
Il l'arrange.
CRELOS
Coulée d'urne, d'asphalte grondant, l'amertume verse un mar et d'une à une, le cortège, protégé se lève.
Son
Musique
Des femmes en hardes.

CRELOS
(Peint, hurlement)
Entrée !
Quelqu'un cogne ! Une jeune fille entre. Crélos s'approche d'elle et se transforme en bossu.
CRELOS
Est-ce que laideur lasse ?
La jeune fille est gênée.
CRELOS
Non !
La jeune fille
Il vous faudra beaucoup de temps ?
CRELOS
Asseyez votre peur ! Les mouettes attendent !
Crélos griffonne sur un papier. Elle lit doucement.
SYLUVIENNE
Je comprends pourquoi il paye tant, c'est l'horreur ce mec !
CRELOS
Regardes-les, elles volent, bois !
Syluvienne boit !
SYLUVIENNE
Folie t'emporte ?
CRELOS
Et toi qui t'envois ?
SYLUVIENNE
Besoin de blé ! De fleurs, la folie m'entoure !
CRELOS
Les mouettes volent au-dessus de l'Empire State Suicide. Vole avec eux !
Noir
SON
Bruits de gémissements craintifs jouissifs.
SYLUVIENNE
Dessines-moi !
Flash de lumière
Syluvienne est nue, il lui fait l'amour et l'ombre dessine.
NOIR
Crélos toujours en bossu.
CRELOS
Je t'aime Sophie, ton souffle se verse en moi. Et tes soupirs m'extirpent.
Changement de lumière
CRELOS
Eléonore en moi, l'émoi sucre parfum, s'arrache en toi le balourd.
ChangEMENT DE LUMIÈRE
CRELOS
Tila je t'aime s'active Catherine en folie à chaque coup de pinceaux scintille autour du rythme à boucher. C'sil, je t'aime !
Il peint des corps allongés. Syluvienne se place au milieu des corps. Le mec classe qui se prend la tête présente sa requête au public, c'est un admirateur des jolis mots et de l'élégance, alors tout est finest style.
L'HOMME QUI SE PREND LA TÊTE
Approchez l'odeur est limpide, silfurique, en élastique, se terre dans les narines, en vaisseaux volutes, cet air cher vous libre change... On met au maximum ?
Il regarde le public et d'un geste, actionne le bouton qui contrôle le son, rigole et s'en va.
SON
Musique à fond.
Crélos et Syluvienne dansent dans une fureur vol air... ils courent sur le lit, sautent par terre, chamaillent, tombent... la musique s'arrête. Elle court remettre un disque.
OFF
L'ombre s'excite, vous ne trouvez pas ? Elle a tant de colère.
L'OMBRE
Peint Crélos !
(De colère)
Peint Crélos !
Crélos se relève, la bouge.
CRELOS
Il te faut partir petite ! voler outre-tombe avec moi...
Elle tourne, les yeux coupés du monde.

SYLUVIENNE
Je t'emporte !
Le sol se lève... en corps, dansent... comme des Tsiganes, un vin de couleur les maquille... et leur reflet à l'huile scintille l'air. Crélos et Syluvienne, à la danse ranimée, s'ondulent à leur rythme, en mêlant leur âme, idéalisée... l'ombre peint. Crélos titube en dansant. L'homme qui se prend la tête arrive avec un chevalet, le plante face au public et s'en va... il remonte sur le lit, redescend, marche, tombe... l'ombre dépose son tableau sur le chevalet et colère l'emporte hors de scène... Syluvienne rigole fort...
Noir
Lumière blanche
OFF
Excusez le bruit que tout ce petit monde a fait en partant mais vous les avez surpris.
Eliodos et Syluvienne dans la chambre de Crélos un peu rangé mais bien aéré.
ELIODOS
Oh ! Oui ! Cool ! Fous ton cul là ma petite !
SYLUVIENNE
Et vous payez bien au moins ?
ELIODOS
Je m'occupe des artistes !
Ils se déplacent dans la pièce sans but...
La lumiÈRE BAISSE
Eliodos et Syluvienne se transforment... Syluvienne à l'oeil illuminée, Eliodos l'envie de baisser les yeux, Syluvienne l'envie de bouger...
La LUMIÈRE BAISSE
Eliodos tombe. L'ombre l'extirpe de la lumière jaune.
LA LUMIÈRE BAISSE
Syluvienne trouve le tourne disque et met un disque... et se transforme en fée tsigane... Les perles qu'elles avaient au cou sont des objets de prêtresse. Sa longue robe se déchire en une danse.

CRELOS
Et alors que me fout ce que me danse, l'amour t'a mis Dom.
Il la chope.
CRELOS
Il me faut te peindre morte...
Elle le frappe, il prend un baril d'essence, lui en jette, elle le frappe. Il la bloque mathématiquement dès qu'elle veut s'enfuir.
CRELOS
Une pousse cannelle, cannaüm, miam-miam !
Elle le frappe, il l'a chope encore, elle frappe, il tombe. Deux mecs arrivent habillés en mage, ferment les rideaux en courant, les ramènent vers eux...
Lumière TOUTE-PUISSANCE
Les deux mecs lâchent le rideau. L'ombre installe sa peinture face au public...
L'OMBRE
Va falloir élever l'amour un peu mieux... il sort. L'ombre se chinoise derrière le drap beau de Crélos, dans sa chambre, joue Eliodos.
ELIODOS
Putain, c'est bon la viande de bossu, mais moelleux ! Bof, c'est ceux qui en parlent dans les journaux qui en mangent le meilleur ! J'aurai dû apporter un meilleur couteau...
SYLUVIENNE
(À côté de lui s'éveille et gargouille ça)
Laisse-nous continuer, errer, pouvoir, mon petit, va mouton ! Jouer... les grands consomment...
La poursuite pousse Eliodos hors de scène...
CRELOS
(En naît)
Rien plus tard... je prendrai plus tard ! Barrez-vous les petits C'il d'arc-en-ciel, le large vous attend...
Il sort, éteint la lumière fil d'argent... Syluvienne et Orela restent ensemble.
L'OMBRE
(Derrière son drap)
En de mille bras suce sans cesse, chaleureux, elles usent.
Elles ont peur, elle se préparent à l'attaquer ou à fuir...

L'OMBRE
Et je pense à elles, une entre elle, tombant à la renverse, miel sur elle s'arrache les sortes identiques, s'attrapent au vol, coulant les collants à frottement t'as le clito, la fureur !
Elles se regardent et se fondent en folle en dansant, en volant hardes au vent... Crélos entre prend une bière... peint... se lève, prend une bière...
CRELOS
Arghh !
L'OMBRE
(En sa demeure lumineuse)
Fais-en une âme-amour entre elles...
Crélos peint, Syluvienne et Orella s'embrassent très pro, sourire casseur et moqueur, elles se fondent entre elles... Crélos se dérange pour la porte...
OFF
(Hyper brusque)
Toc ! Toc ! Toc !
Crélos accueille Sophie et la tue en jouant le vieux clown.
OFF
Nous avons l'auteur...
L'auteur
Je rêve ? J'aime bien ma façon de tourner atour du pot...
Trois dieux arrivent sur scène, ils parlent en voix-off.
Les trois dieux
Cet homme sème le dit ordre, la base des choses oublie le ouf.
(Voix métallique)
D'une minute d'orve... l'optimisme...
Lumière aveuglante dirigée sur le public
Les acteurs, le temps d'hurler que tout va bien...
Lumière sur scène
Syluvienne danse aux coups de pinceau de Crélos. Il lève le pinceau, elle s'immobilise. L'hombre à la tête dans les mains, siffle... deux hommes avancent avant scène et regardent le public.
First
Je sais ce que vous vous dites, je vois... c'est le seul espoir...
Ils s'immobilisent, se transforment...
OFF
Hurlement, grognement... en lion... et s'en vont, à quatre pattes... Crélos fait danser sauter, à coups de pinceau, Syluvienne qui suit les lumières... mouettes qui volent...
OfF
Mouettes rieuses...
SYLUVIENNE
Ah ah ah ah ah
(Comme un enfant)
Deux mecs habillés en trop petite taille, arrivent avec des draps, prennent le tableau de Crélos, et se mettent des draps sur Syluvienne et Crélos. Ils mettent le tableau avec préoccupation sur le chevalet, face au public.
NOIR
Crélos fait du bruit sur la scène.
LUMIÈRE
Crélos regarde le match de foot. Syluvienne arrive prêt de Crélos, s'assoit par terre entre ses jambes... Y'a combien ?

CRELOS
2-2 mais c'est la fin du match, peut-être qu'il va se passer quelque chose...
SYLUVIENNE
Ce sera pas comme dans la pièce !
Les autres acteurs ferment le rideau.
Noir





















LA REVOLTE DES SIDAMAN

Personnages


Lui « le dormeur »
Elle
Lui 1, Lui 2, Lui 3, Lui 4, Lui 5, Lui 6
Le clown
Le prof
Le papadou
Maryse
Le pacha
L’auteur
La narratrice
Et une vingtaine de personnes qui jonglent avec tous les rôles…











Lumière
Le métro.
La lumière grandit
On voit des mecs habillés en mafiosi, ils s'engouffrent dans le métro.
Lui 1
(Hyper relax)
Bonjour, Messieurs Dames, nous sommes des Sida-men... Il paraît que tout le monde peut s'exprimer dans le métro. Eh les mecs, vous pouvez pas savoir le nombre de capacité qu'on exploite quand on va mourir...
Lui 2
(Très lent et sur de lui)
Ouais, c'est comme moi, vous savez avant, je touchais à rien en électronique et là, je nous ai concocté une petite bombe...
Off musicale d'une hotesse de l'air
Si vous avez des sueurs froides, vous trouverez sous le dossier de votre siège, de petits sachets de citron, que vous vous mettrez sur le front..." "if you have troubles, take the little lemon-stick under your seats and put it on your face...

Lui 3
(Il monte sur un siège)
Vous savez très bien, je pense, que, on a pas trop de blé, argent, monnaie, flouze pour nos expériences, nos petites expériences scientifiques... Ah, Ah, Ah, Ah, Ah !
(Se reprenant)
Donc nous allons passer parmi vous avec un grand sac-poubelle que vous allez remplir...
Une danse s'organise, tous les Sidaman vont vers les gens, les remercient de leurs dons, les embrassent, les touchent, les caressent de partout...
Tout les sidaman
Ça fait plaisir de vous toucher !
Son
Musique de guitare
OFF
Là, il va arriver quelque chose de mal ! Faut pas chercher les Sidaman ! Tin, tin, tin, tin, tin, tin, tin !
Lui 4
Mais t'es pas gentil, cool ! T'as donné que dix francs, qu'est-ce qui t'arrive ?
Flash de lumière
Lui 5 fait un geste au ralenti, il déboutonne trois bouton de sa veste, l'enlève et l'envoie sur un mur violemment, il a un déhanchement; une ceinture avec une big seringue... il l'empoigne et s'avance et tue quelqu'un au ralenti...
Rideau
Quelqu'un, un rasta, sort du rideau et se met devant les gens.
Le rasta
Mais je vous l'avais pas dit ? C'est terrible !
(Il ressort)
Faut pas chercher les Sidaman !
Acte 2
RideaU
Un supermarché. Plein de gens font leur course avec leur caddy. Et les Sidaman campent et mangent sur une table de jardin.
Lui 6
Eh, les mecs, j'vous ai dégoté une bonne
bouteille !
Bah le culot s'installe.

Lui 5
Eh, regarde la meuf, elle est pas mal, bien
Roulée ! Eh ma poule, tu viens me faire un bisou, ça te brancherait une petite baise avec un Sidaman ? Rapide, efficace, tu vas adorer...
La fille
Gros con, la malaria, ça te tentes ?
LUI 5
Ah ouais, j'ai jamais essayé !
Lui 5 va avec elle, ils sont hyper contents, ils se cassent.
LUI 4
Oh la la , la vieille dame ! On en fait plus des comme ça ! Alors mamie, vous avez quel âge ?
Lumière noire et blanche en alternance des deux côtés de la scène
La vieille dame snobe, elle a tort, les Sidaman manquent de patience...
SON
Bruit de ronflement d'auto
Lui 4 se met en position top chrono, pistolet à gaz à la main.
LUI 4
Madame ! Le son de ma voix vous est-il imparfait ? L'amitié que je vous porte n'a donc aucun attrait ? Les mots ne peuvent donc que vous extirper ce sentiment de crainte envers moi ? Je suis pourtant votre humble serviteur qui n'est pas à l'abri d'une larme.
Lui 2
Ggggazzzzifffié llla dddaaaammme, ssuppperbbbee l'iiiinnnveeeennnnttttiiionnn ddddu ggggaaaazzzz àààà rrrrééééaaacccttttionnn.
Une dame arrive accompagnée de deux grands flics.
Un des flics:
Voyons Mad, c'est un Sidaman !
Les deux flics commencent à chanter.
Les deux flics
Faut pas chercher les Sidaman !
La dame part en courant en faisant des sauts:
La dame
Oh, mon Dieu !
NoiR
2 rastas et 4 handicapés ouvrent le rideau.
LumiÈRE fine et chaude
Deux hommes à l'intérieur changent les décors
Eux
Eh, ce serait ça si on s'aimait tous...
Lui avec des hommes et des femmes tous nus. Ils marchent, se regardent, font des rondes, des lignes, des ficelles, puis chacun d'entre eux va dans un endroit isolé, se regarde, se sentent, s'aiment. Ils chantent.
SON
Musique jazz
Et chacun se dit par un souffle: au revoir à sa manière. Un homme et une femme courent de l'autre côté...
Noir
LumiÈRE. Feu.
Une vingtaine de gens sur scène. Fond scène. Une assemblée fait du bruit pour venir.
LumiÈRE brouillante
Un clown
(souriant)
Mesdames et messieurs aujourd’hui samedi coupe tête !
Il se déshabille.
SON
Musique de show
Il est habillé en animateur télé. Un groupe apparaît ce sont les G.P. Deux VRP, un cadre, un restaurateur, un mec bien. Ils chantent.
Les GP
Ici vont être jugés les criminels de notre société, les empêcheurs d'être bourgeois en paix, oh oui, oh oui oh ! Le métro boulot dodo à l'attaque ! À la vie ! À l'argent ! Préservons notre petit jardin de blé où fleurit notre argent et tuons les vilains...
Il montre du doigt les gens assis en face d'eux. Le clown les pousse.
UN CLOWN
Charmants amis !
(Il fait un tour à la Mickael Jackson)
Le show va commencer !
Lumière rouge 5 secondes
Lumière blanche, lumière pure
L'homme couché hurle un sommeil des rêves ici.
OfF
(Voix profonde)
Non ! Partez, on fera ça un autre jour !
UN CLOWN
Mais, mon spectacle !
OFF
Fais ce que tu veux, sale con !
UN CLOWN
Le dit clochard du coin !
LumIÈRE sur le clochard
Le clochard avance attiré par l'odeur du voyou. il tape son marteau, jugé !
UN CLOWN
Vous trouvez pas que vous emmerdez un peu nos enfants ?
Le clochard du coin
C'est peut-être ma vue qu'importune vos enfants ?
UN CLOWN
Bah, vous êtes condamnés !
Le groupe l'aspire violemment que vont-ils lui faire ?
L'auteur
Ah ben, c'est bizarre ça ! Ben on a rien vu !
SON
Musique
Les GP
Faut pas chercher les bourgeois ! La société n'aime pas ça ! La société n'est pas contente ! Aïe, aïe, aïe, aïe !
UN CLOWN
Les dudits clochards
La lumière va sur un autre clochard puis elle danse au dessus des têtes que le clown nomme
UN CLOWN
Les dudits PD... révolutionnaires...
Les Sidaman sont en groupe comme des mafiosi, ils traversent les rangées, la lumière les apparitionne comme des dieux ?
L'auteur
Ah, eux aussi ?
UN CLOWN
Les dudits en marge !
LuMIÈRE. FEU.
Le groupe matraque les Sidaman qui ne font pas un geste mais qui reste debout. Le clown en transe, tape, tape, tape. Des gens se lèvent.
LumiÈRE rouge
OfF d'enfant
Papa pourquoi tu payes des gens pour
Te défendre ?
Son
Eh ! Le clown ?
UN CLOWN
Chéri ce sont des Sidaman !
(Crie t-il le marteau à la main)
NOIR
OFF du père
Chéri mange ta soupe !
OFF D'ENFANT
Parce que toi, tu es le plus fort ! Tu n'as besoin de personne !
LumiÈRE
Une Sidaimante s'approche du dormeur enrêvée.
La sidamante
On y va ! Oui ou non ?
Le sidaman
(Levé comme jamais endormis)
Ok, qu'est-ce que tu veux que je te dise lucide ? Comme une bulle de chewing-gum !
(Il marche sur le lit)
Je vois des choses !
(Elle monte sur le lit)
LA SIDAMANTE
Tu as peur ?
(Elle fait la moue)
Go !
LUMIÈRE
Le lit, action.
NOIR
LumiÈRE
SON
Bing rythmé jazz !
Un lieu, une école, on y dit quoi ?
Le prof
(haut)
Des gens, les petits, tués partout, à chaque instant pourquoi ? Seuls les gens en Renault 21 peuvent le savoir ! Les sacs sont troués depuis longtemps et les larmes des limites font sourires les dieux francs, les dieux francs seulement, à qui je sers la main tous les matins. Ô monde !Ô gardien du savoir, essayez plus d'encourager que d'imposer votre conversation ou pour les perles rares on Dom à d'homme les autres avec un peu plus de courage ! None !
LUI 1
Guerre, meurtre, virus homme d'homme, summun apocalyptum...
SON
Bruit de musique
Quatre hommes de la milice arrivent dans la classe, lynchent les Sidaman. le prof en prend plein la gueule, mais il parle.
Le pROF
Brave, essilum, attendium, satisfactum queram...
Lui 2
Et silvis genem querelum libertum, libertum.
LUI 2
Liberazion !
L'auteur
Il avance sans comprendre le petit
La nARRATRICE
Eh oui mon vieux gros copain Thierry ! la liberté !
Le prof ressort, il est amoché, il titube, un peu faux.
Le pROF
Liberté dit Horus.
J'espère que la poursuite n'aura pas oublié de suivre le prof.
Le pROF
(En partant)
Horus qui était ... un mec qui se débrouillait tout seul... au fait il est là !
NOIR
Une petite lumière jaune
Un enterrement.
Le Papadou en cravate blanche.
Le papadou
(Voix à la Droopy)
Monsieur MR,
Il se relève tout le temps sur la pointe des pieds.
Le paPADOU
Georges Lascaux est mort de cette grande épidémie qui ronge nos familles, ils avalent nos vies.
(Il se balance de haut en bas)
Monsieur MR Georges Lascaux était un homme aimé de tous, protégé par sa maladie, il a accompli une oeuvre plus considérable que tout. Maintenant nous allons chanter pour toi Georges.
Ils chantent et ils dansent tous très vite comme des petites sauterelles, ils bougent les bras au ciel.
SoN
Musique blanche
Ils chantent
In somilin sacribuldun kun assassinum benifato
Les gens en coeur
Emmène !
Les femmes de l'assistance se délivrent du mal;
Les femmes
Oui, oui, oui, emmène-nous un peu plus loin !
Son
Bruit d'applaudissements en transe.
La narratrice
Ah bon quel beau soleil ! aujourd'hui dimanche on enterre !


LUI 1
Eh une seconde, je vois que vous l'adoriez, c'était votre fils chéri à tous ? Alors moi et mes potes on a décidé...
Ils ouvrent leur veste.
Les autres lui
De tous vous piquer par amour !
La lumière baisse, flash de lumière !
NOIR
SON
Bruit sur la scène, un téléphone qui sonne, une chaise qui tombe, quelqu'un qui crie, des hurlements, des pleurs, des implorations...
Excès, il y aura.
Rideau
SON
Si vous avez des sueurs poires, apoilez vous la tète... sur les seins de sa femme, on se sent chez soi ! If you have a toothache, fuck off your lady, she's waiting love... dream on...
OfF
Bruit à l'intérieur de la voix-off, bruits de coups.
Les GP ouvrent le rideau, ils ont l'air fiers. Le lit, il dort ce mec. Lui en second plan, regardant le ciel sur la sculpture comme sur un rocher dans une pose Birdy que notre conscient assassine souvent... crevettes, pour certains la vie est caviar pour d'autres crevettes ! Il se déploie, tournoyant, imitant l'aigle, la danse dure.
La lumière baisse en baisse
Des Sidaman arrivent.
La lumière devient jaune et puissante elle fait des flashs de lumière.
Les Sidaman ont plein d'armes, fusils à haute portée, bouche énormes, arme de défense.ils installent des tables à une vitesse-record et se mettent aux expériences chimiques, lui 1 découvre une bombe à la vitesse d’un songe court porté... lui 2 lève la main fait claquer la lumière par l'éclairagiste, va dans les coulisses, revient en courant, une Sidamante est à sa chasse.Le lui danseur se fige.
Lui 1
Putain, ça me rappelle un truc là !
Noir
Lui 1
(À lui 2)
En tout cas c'est vos histoires, nous...
Et ils s'en vont...
OFF
Qui c'est qui parle ici, toi ?
Poursuite sur la scène sur lui
Une dame passe, il avance vers elle droit dans les yeux...
LUI 1
J'ai senti vos yeux dire à mon dos tout le regret que vous avez à ne pas, vous, communiquer.
La dame s'en va, il se rassoit, devant lui la Sidamante, main sur les hanches s'approche de lui, de son oreille et parle bas, elle se relève, s'en va dans les coulisses, revient. S'en va revient, s'en va, revient, côté cour, côté scène. Là maintenant une dame passe. Lui est toujours rassis un homme fait son footing.
OFF
Nous avons l'auteur.
L'auteur
Merci, narratrice ! Je trouve que là, c'est un peu banal, les scèniens sont immobilisés. Mais là cette scène vient dixit de l'inspirateur, un type bien un embaumeur, celui qui remplit votre corps de chloroforme, un esthéticien quoi ! Il est payé par le bip, merci à lui.
La nARRATRICE
Oui c'est beau à voir Thierry ! 1-1 la situation n'est toujours pas perdue !
LUI 1
Avant on m'appelait Jo le croque mort, on a même écris une song à mon sujet.
Un groupe avec des micros, deux noirs, un clochard, une pute, deux pd, un squelette de môme se mettent en arrêt sur image. Un professeur blouse blanche, lunettes, bouchon crotte de nez dans les narines.
Le pROF
Allez Maryse ne soyez pas timides...
Maryse
Mais ils ont le sida, c'est pas pareil que caca boum.
Il tape un coup brusque par terre.
LE PROF
Maryse ! Nous ne sommes pas à la télévision
(Au public)
Bon je n'ai pas beaucoup de temps, Maryse aime dessiner.
Son
Bruit de tambour
LE PROF
Et voici deux noirs, deux nègres, bon ça pue, ça enfume !
(Il les montre, tape des pieds, fait des gestes dégoûtés)
Ça enflamme nos têtes de feuilles de cana et le sexe de nos filles... Sidaman par la seringue drogue
(Il montre le clochard)
Regardez un clochard, c'est in Sidaman puant, sans institution et en plus
SON
Bruit de tambour
SON
Marginal Sidaman ! Par la seringue esprit. Et encore... y'en a acteur, écrivain, chanteur, homme d'état, tata, tonton ! Deux pd par le cul ! Oui monsieur par le cul !Une pute sans pédigré on peut tirer pour Sidaman. T'as aussi un squelette d'enfant, allez au dessin les enfants.
Il s'en va Maryse aussi. Le groupe se met en place et chante.
Le groupe
Mais si t'es moche, tu pues, t'es vilain, sale putain de croque-mort !
LUI 1
J'étais embaumeur, boulot stressant au possible...
La Sidamante marche en tapant partout dès qu'il parle.
LUI 1
Voilà qu'un jour, je vois !
(Il fait un geste lourd et rapide pour tomber pile sur elle)
Elle !
(Il l'a montre)
Elle me sourit et dégoupille une croûte sur sa bouche, et l'envoie valser sur un clebs.
SON
Kaï, kaï, kaï, kaï, Sidaman !
Le groupe surgit.

SON
Sidaman !
LUI 1
Elle m'embrasse sur la joue, je venais juste de m'enlever un spot Pédigré pal
(Il montre un bouton sur sa joue)
Putain, sale bouton de chaleur ! Alors là, ça a été le coup de foudre. Là maintenant, je peux vous annoncer une bonne nouvelle, on va se marier, on vous invite tous !
Le groupe laisse sortir ses têtes des coulisses.
Le gROUPE
Nous aussi ?
Lui et la sidamante
Oui
LE GROUPE
(Il chante en gospel)
Nous aussi, nous aussi, nous aussi ! Oh si ! Si ! Aussidaman ! Yeah !
La Sidamante le regarde et court vers lui.
Le grOUPE
Handicapé, Handy KP, et myopathe, nous les Sidaman, on passe souvent à la télé, mais toi aussi, tu peux taper le 36-15 Mongolien, tu peux chanter avec nous...
Un petit Mongol vient chanter sur scène, il chante.
LE GROUPE
Bouga, bouga de mengede bokoboro roro ririti bigolo bouga de mende gabillé mogobolo libidi didéa...
Lumière affolée sur scène.
SON
Musique qui suit l'affolement.
LUI 1
(Court en gueulant)
Les délires intenses des deux stress accumulent dans nos têtes des pensées inhumaines.
LUI 2
(En courant aussi)
Si vous pensez tragique, n'en ayez pas de mauvaises consciences, pas de douleur...
LUI 1
Qui ne fût si proche que vous ne puissez en parler.
LUI 2
Si profonde que les autres s'effacent à leur vue, si basse. N'ayez que des blessures vivantes.
LUI 1
Profitez, jouiss

Les contes de tout de suite

Posté le 25.08.2008 par danri
COMPTES DE LA VIE



C’est un jeune homme, un émigré, il ne sait pas parler la langue. Il lui faut du temps pour apprendre, il bosse, il s'abaisse aux boulots qu'on lui donne. Une partie de sa fierté humiliée se transforme en ambition farouche. Il s'accroche à celle qui le conduit, la vie.
Plus tard, il rencontre une jeune fille, elle est belle, il la veut. Elle est timide, il se montre tel qu'il est, généreux et sérieux, il fait la cour aux parents. Il présente bien, il est galant, en plus serviable. Ceux-ci acceptent qu'il accompagne leur fille.
Ils sont heureux au clair de lune, se dévisagent, elle est toute jeune, elle est toute belle, il la ramène, et un samedi, l'emmène danser.
Ils s'amusent bien. Il la tient fort, la fait tourner, elle est grisée. La lune est claire. Il faut rentrer. Et en marchant il lui dévoile ce qu’est son rêve, devenir boulanger. Sur le chemin, d’un pas troublé ils s’imaginent ensemble dans l’avenir. Et devant sa maison sur le perron, ils se font un clin d'oeil. Le père l'a vu, il n'est pas content, que signifie ceci. Il s’avance, fait la grosse voix. Plus question qu’elle le voit. Qu’elle monte vite dans sa chambre. C’est un scandale. Il aurait du battre le jeune homme. Non vraiment, le père ne sait que faire, il craint pour l’honneur de sa fille, il la questionne, lui tire les vers du nez, elle pleurniche, il hurle, il veut la battre, et sa main se rapproche, violente. Il s’arrête, il perçoit là, dans ces yeux, ceux de sa petite, plus d’innocence que de frayeur. Il en rougit, et il en rit; il ne se peut, qu’elle si fragile, ai fait ce qui l’angoisse, il s’adoucit. Ils se rapprochent, le coeur lourd, elle lui avoue. Le père sourit, ils se réconcilient.
On cherche le jeune vertueux, on le déride, et on l’invite. Le père l’annonce, il accepte son gendre, qu’il lui fasse sa demande. Ils se fiancent, et ils se frottent, voulant aller plus loin. Enfin ils se marient. En peu de temps arrive leur petit garçon. Et déjà le papa, ouvrant sa boulangerie, sait ce que sera son fils. Et de couche en couche, de braillement en sérénade, le petit quitte les bras de sa mère. Il fait ses premiers pas.
Des grosses mains le soutiennent, le papa aime son bambin, il se frotte les paluches. Le boulanger fait son fils, dès qu’il le voit, il le guide de la force de ses bras et lui enseigne tout ce qu’il sait. Le garçon est rêveur, mais le papa le tient près de lui et le berce, en lui disant qu'il sera médecin. Il y veillera, il a travaillé pour cela, et tous ses sacrifices ne seront pas en vain. Alors il est inscrit dans une école privée, et il doit travailler d'arrache-pied, bien sûr sans redoubler. La maman sourit à son petit garçon, qui essaie au moins le soir, d'apercevoir son étoile, celle qu’il connaît par coeur, cette nuit encore il la guettera.
La fierté du papa est en marche. Et le fils doit chaque soir venir réciter à son père ses leçons. Mais bientôt le père, n'y entendant plus rien, paye un jeune homme pour forcer son garçon à progresser. Et les notes de l'enfant sont bonnes, dès qu'elles baissent, on sonne l'alerte. La maman n'a pas d'autre enfant, et doit faire attention quand elle parle à son fils, elle doit être ferme pour qu'il ne devienne pas un de ces révolté, un jeune échevelé. Pour cela, il ira dans une école encore plus privé. Le papa s'est mis à la pâtisserie pour payer les études de son fils.
Et le fils grandit, et a maintenant l'âge d'avoir des petites amies. Alors le père surveille les notes, et ne veut pas qu'il rentre tard. Inquiet d’une amourette qui dure, il se renseigne. Il faut qu’il sache qui est cette jeune fille. Il n’en dort plus. Il glisse à son fils sur le sommet du crâne qu’il est trop jeune pour aimer. Le fils a fait semblant de ne pas remarquer et le père ne l’a pas répété. Il pense à la jeune fille. Il ferme les yeux. Non, il ne veut pas qu'elle tombe enceinte. Non, ça ne se peut pas son fils est catholique. Ils ne sont pas même fiancé. Il doivent attendre le mariage, et surtout la fin des études de son fils.
Il veut voir la jeune fille, il demande à son fils de la lui présenter. Avant de quitter son amie, le fils demande, si ça la dérangerait de venir chez lui avant de sortir samedi au lieu qu’il passe la chercher c’est elle qui viendrai. Mais il sait que ça lui fait un gros détour... La fille accepte. Comment est-ce chez les autres religions ? Jusqu'à quelle heure avez-vous le droit de sortir ? Le père parle comme une vraie machine, la jeune fille est gênée, la mère tente d'adoucir la situation en se rapprochant de son mari. Mais le père ne veut pas se calmer, alors il décide que les enfants ne peuvent pas sortir seuls. La jeune fille assimile, alors elle accepte l’invitation du père. Vous mangerez ici. On lui fait visiter les lieux. Le fils est un trophée dans la maison de ses parents, il n’a pas dit un mot. Le papa montre les diplômes de son fils et un silence glace l'atmosphère quand la jeune fille dit qu'elle voudrait être journaliste.
Le père romp le calme apparent qui l’avait dominé jusqu’à maintenant, et c’est un véritable général qui prend d’assaut le ton le plus alarmé, criant, il s'attaque aux nouvelles générations. A leur manque de principe, l’amour est un supermarché, on peut faire n’importes quoi avoir des enfants dans des boites de nuits. Il est déçut de son fils, il est un voyou, un parasite de l’ordre... La jeune fille se défend, et dit au père que son fils écrit des poèmes magnifiques, et qu'il pourrait réussir, et bien gagner sa vie dans l'écriture. Il ne s’en doutait pas ça lui coupe le sifflet. Il mime une crise cardiaque. Il n'en peut plus, il faut qu'elle parte, et sur son lit de mort, il demande à son fils la vérité. Et le fils lui dit qu'elle a menti, et qu'il ne la reverra plus. Le père va mieux. Le fils monte au grenier et brûle les mille poèmes qu' il y avait écrit. Il pleut dehors, elle est trempée; il pleure fort dedans quand sa mère le rejoint. Il se mouche nerveusement. Elle le prend dans ses bras et lui parle tout bas. Dans la nuit son amour, une jeune fille blonde avance pas à pas solitaire, elle sait qu'il la rattrape, qu'il va la réchauffer, ne pas l'abandonner. Il fait sombre chez lui, il descend et regarde la nuit. Il se tient sur le pallier de sa maison. Plus personne ne marche sur le trottoir. Il pleut encore, il prend plaisir à se souvenir d'elle. Et sous la tombée d’eau de nuit, il se rapproche de la maladie, de la pneumonie, par ces larmes qui trempent son corps. Sa main laisse échapper les cendres de son amour; tous les poèmes d'elle finissent dans la rue, noircissant les pavés. Le père se lève, il hurle, son fils tremble, il réveille l’apprenti qui court chercher le médecin. Le petit guérit vite.
Maintenant un nouveau temps prend place dans sa vie, le père l’enserre, prend soin de lui, et il devient un homme. Et il devient médecin. Sans un heurt de plus, sans une larme. Peut-être si, une seule, suspendue à l’interieur de lui, qui quelque fois rebondit comme ce jour, où elle est passé devant le magasin, où il s'est retourné. Elle n'a fait que passer, et lui que se retourner. Elle est une journaliste, et lui un grand médecin. Respecté, adoré par sa femme qui l’honore, elle est une bonne épouse, elle lui plait bien. Elle sait tenir son homme, elle s'en occupe bien, aux petits soins, aux petits oignons. Elle met bien vite un petit garçon au monde et le médecin sait bien que le petit sera, et il y veillera, un très grand chirurgien.
“C’est bien”, lui dit son père, “c’est bien”. Le père est vieux maintenant, il vit dans une belle maison que lui a acheté son fils. Le grand médecin qu’on vient consulter de loin, pour son travail de qualité, et ses innovations en matière de médicament. Il est content d’avoir un petit fils, il a dit à son fils de n’en avoir qu’un, pour bien s’en occuper. Pour bien veiller sur lui. Il est seul dans la maison et il ne se sent pas très bien, il peut appeler son fils qui viendrait voir ce qui lui arrive, mais il veut rester seul, il va se promener dans le jardin. Il va ouvrir la porte. Il fait beau, il peut encore marcher tout de même, il veut profiter de ces derniers instants. Il va marcher un peu, il fait beau, il va peut-être s’asseoir dans l’herbe.



























L'AMOUR DE TANIA



Les clefs de Léo font toujours ce bruit dans sa poche tchic, tchic. Du haut de sa taille de taureau à la bidoche naissante, ce loubard casé rentre chez lui, après avoir marrave deux ou trois types dans un dancing où il était parti récupéré de l'argent. Il ne l’a pas, il vient de se faire passer une lessive. On trouve qu’il est trop permissif. Il roule dans la rue. Avec ses mécaniques et personne ne bronche devant ce géant romantique. Il galope dans l’escalier de la résidence. Il sait ce qu’il lui faut. Et Tania, son sucre exotique va lui procurer, cette belle thaïlandaise qu’il a rencontré lors d’une soirée où il avait du casser des nez, n’a pas cessé de le rassurer.
Il en prend soin, il détourne de temps en temps de l’argent. Pour qu’elle ait tout ce qu’il lui faut. La porte est ouverte. Dès qu’il entre, il entend hurler, il n’a pas le temps du chérie, ma poule, ma Tanie habituel. Dans son pieu, il y a un type que Tania se fait, pendant une seconde Léo réfléchit. Il se creuse la tête, mais ses oreilles explosent contrariant l’essor de sa réflexion. L’effort est un exploit, il se calme en soufflant et attrape le type à poil. Il s’en fout du type, il veut Tania, si quelqu’un s’oppose à ça... Il le tient par la jambe, Tania ne bronche pas. Puis par la gorge. Un pantin dans ses mains gesticule, il le met face à lui, le type sent que son cou va se briser. Il a la tête coincée du coté droit. Il essaie de bouger, mais il ne peut même pas hurler. Il est à genoux, son organe est tout petit.

La porte de la voiture du coincé s’ouvre, c’est une jaguar, Tania et le corps vont à l’arrière et Léo saute à l’avant. Pendant toute la descente du coincé, Tania attendait que quelqu’un les voit, elle souriait. Léo était trop calme pour ne pas être en état de choc. Il a traîné le corps dans son peignoir. Entre lui et elle, il n’y a jamais de mots. Il entre, il la soulève et ils font tomber tous les bibelots de la baraque. Il est insatiable. Ils mangent et recommencent dans toute la maison. Sur le balcon, il aime affirmer sa force. Il s’en fout du type à la jaguar, il l’a reconnu, c’est le fils de son boss, il va le conduire jusqu’au bout. Il démarre, elle est couchée à l’arrière avec le corps, elle lui sourit.

“Je te jure que tu ne seras pas une pute. Ici, ils nous respectent encore, notre père relèvera la tête.” Elle y pense encore, à son frère, bien habillé, qui après sa tirade la sert dans ses bras, pas trop longtemps, et s’en va en lui disant qu’ils sont une grande famille. Il est choisi pour dépenser l’argent. Elle a sept ans et elle commence à l’attendre. Il va avoir du mal à s’enfuir mais il sait comment leur échapper. En France, il portera un faux nom et il aura changé de visage. Il la lache et ne la reverra plus, il mourra avant la fin de sa première année de médecine. “Ma fille travaille dur vous pouvez compter sur nous. Nous vous devons le respect, nous vous paierons. Retourne travailler.” Elle ne dis rien, quand elle revient son père à une balle dans la tête. Elle n’entend pas les voix qui chuchotent derrière elle. Elle embrasse son père et se couche près de lui. Ils arrivent. On la prend, on la vend, jusqu’à maintenant.

Le type regarde le visage de Tania qui se contortionne, elle saigne des lèvres, elle se mord, son sourire est de sang. Il ferme les yeux, il les ouvre quand Léo gare la voiture. Il cligne des yeux, il brûle dans un entrepôt.

Tania et Léo sont chez eux. Il mange et il se couche près d’elle. Il a envie de parler. Elle a envie de lui. Elle se lève. Il lui agrippe la main. Elle se laisse faire, il lui fait mal, elle ne dit rien, c’est lui qui a mal. Il lui lache les cheveux. Il entend l’eau de la douche couler, et il commence à s’endormir, il est crevé ça fait des mois en fait qu’il l’est, et qu’il se cabre en avant en arrière pour la garder. L’eau coule, et il n’aime pas se poser de questions, il l’aime, il sombre.

Elle fait un numéro de téléphone. Et un papa hurle dans l’écouteur comme un fou. Elle prend soin d’elle, elle est toujours impeccable. Deux fois même, elle teste les produits de beauté qu’elle achète, elle aime avoir une peau douce. Elle chante doucement. Et attaque le limage de ses ongles ce qui diffère des autres jours, c’est qu’elle n’ouvre pas la porte, mais les coups de feu, et le bruit contre la porte elle y est habituée.

“ Non ! ” Il ne veut pas partir. Cinq types sont entré chez lui avec des semi-automatiques. Une vrai guerre, il a sauté vers eux comme un con qui veut pas finir dans son pieu. Sa tête a heurté la porte de la salle de bain. Le papa est entré, a craché sur son corps et a dévasté son appartement. Il allume un cigare, et se retire de l’appart. La maison se met à brûler. Léo se relève et voyant les flammes se met à l’abri. Il traverse le mur. Tania met du vernis sur les ongles de ses pieds, il commence à couler, elle fait tomber le pot et glisse dans la baignoire. L’eau se vide, elle boit la tasse restante. Léo la regarde. La porte de la salle de bain explose, Léo est traversé, un pompier sort Tania du bain.

Léo marche dans la rue. Il passe à travers des gens. Il va chez son ami Gino qui s’envoie une fille qu’il a bien connu. Il part dégoûté. Il marche dans la rue où il voit un clochard se faire tuer par deux gamins. Le clochard se pointe à côté de lui. “ Tu me remet pas ? Alphonse, ton prof de français, un alcoolique invétéré. Finalement il m’ont rendu service les petits. ” “ Tu crois pas qu’ils sont un peu jeunes. ” Il avance. Alphonse s’assoit sur son banc. Une clocharde passe et lui pique sa bouteille. Elle est complètement défaite.
“ Reste ! ” La vieille femme; “ Pourquoi pas, elle est à toi la bouteille ? ” “ Ouais ! ” “ Bah tu peux plus en boire. “ Elle rigole à fond. Le mort la regarde avec amitié. Il essaie de la toucher, elle suffoque de plaisir. “ Léo est dans l’ombre d’une ruelle obscure et il essaie de pisser, et il n’arrive pas à se toucher, et ça le fait craquer. Elle glisse même pas, elle lui échappe. Il sort de son trou noir avec la rage au bas du bide, un mal de ventre, une nouveauté pour lui, comme si son coeur était tombé d’étage. Il se sent tout nu. Une voiture de police stationne devant Alphonse, qui galère à leur expliquer que c’est pas elle qui l’a tué. La vieille femme: “ Salauds, il voulait m’en donner ” “ Et tu l’as tué” Les deux policiers sont d’accord. “ Ouais c’est juste une querelle de poivrots qu’a mal terminé.” Léo passe et voit la scène. “ Léo ! Léo viens leur dire, s’il te plait qu’elle n’a rien fait.
Léo !” Le flic:
“ Madame, calmez vous ! ” La vielle répète: “Léo salaud !”

Tania est sortie de l’hôpital, puis de la prison. Elle s’est fait choper pour tapinage et trafic de stupéfiant. Et un jour elle était tellement en manque, qu’elle est tombé dans les pommes et elle est retourné à l’hôpital. Le jeune interne: “ Tu ne dis jamais rien, ça fait bientôt deux mois que je viens te voir. Ils ont besoin de diagnostic ici pour te garder et pour te renvoyer. “ “ Tu ne dis rien, ça vaut mieux, tu as l’air folle comme ça, et je peux te garder, ne dit rien. ” L’interne saute sous le lit de Tania, le gardien passe en vrac devant sa porte, l’élève ne veut pas se lever. Il sait qu’il a une voix qui porte. Le gardien est une fine lame de la détection de fumeur de shit. Il ouvre la porte de la camée d’à côté. Il cherche bien vingt minutes. Il trouve, la meuf est emmenée, dans le bureau du surveillant chef. Elle est crevé, il est obligé de la traîner. “ Demain, je lui passe un savon à ce sale con ! ” En allumant son spiff, il entend Tania rire. “ Je savais bien...” dit-il en s’accoudant à son lit.

Léo voit sa nana se faire baiser, et il se demande pourquoi. Il ne se rappelle que de ça. La tête du cadavre, ça l’obsède. Il ne voit que ça, sa nana, et le cadavre qui rame, et elle qui hurle. Il fonce dans un mur. C’est le jour et il est au milieu d’une pâtisserie. Il avance et se retrouve à côté de deux vieux qui se tiennent la main. Ils lui sourient. Il passe. Il entend le vieux dire à la vieille d’arrêter de sourire aux hommes, que ce n’est pas décent. Elle lui répond qu’il souriait bien lui.
Il arrive dans une maison où un couple fait l’amour et il ne peut pas s’empêcher, il veut continuer à voir ça. Le vieux et la vieille rentrent aussi, le vieux n’en rate pas une miette, la vieille ne laisse pas sa part. Quand ils voient Léo, ils lui sourient, et passent le mur. Léo est fatigué, il ne comprend pas le sens de sa mort et il ne veut plus penser. Ca le détend, et l’atmosphère se mélange avec son plaisir. Il se retrouve, il se charge d’autres souvenirs. Leur rencontre, ce regard avec lequel elle l’a regardé. Comme si elle avait confiance en lui. Elle était accoudée au bar et elle faisait boire un client qui la tripotait sans que ça lui fasse rien à elle. Il le sentait, elle le regardait dans les yeux avec classe. Comme s’ ils étaient à la même table. Le type était au anges, il perdait toute retenue, Léo le provoqua et mis du rythme à la soirée où seule sa musique fut de rigueur. Il explosa le crâne du type, qui par chance était un type visqueux et dangereux. Il épargna celui qui devait du fric à son boss. Et il emmena Tania. Léo se lève et les murs en tremblent. Le couple se retrouve écrasé sous les meubles de l’appartement. Léo se taille, emportant avec lui l’image de Tania et du cadavre.

Léo est retourné dans son ancien appartement il ne bouge pas de la journée. Un mari infidèle est en train de faire l’amour à sa maîtresse. Ca dure pas longtemps, le vieux médecin s’en va. La jeune femme lui dit au revoir, il doit l’appeler sinon, à mardi après-midi. Bob arrive une heure plus tard ça dure longtemps. Ca rappelle des souvenirs à Léo des bons puis des mauvais. L’appart est une vraie ruine. Léo ne bouge pas, la police, les journalistes, le petit médecin qui est réveillé par l’inspecteur qui veut savoir s’ il savait qu’elle avait un amant. “ Voyons, un vieil homme comme moi, bien sûr.” “ Et depuis quand ? ” L’inspecteur surveille, plissant les yeux, tournant légèrement la tête, et en une demi-seconde, il dégaine sur son suspect sa question choc et il cadre la réponse. Au ralentit, il voit la bouche du vieux docteur se plisser, et ses yeux pointer vers le ciel, il ouvre la bouche, et l’air s’engouffre:
“ Depuis longtemps ! ” “C’est lui” Fait une petite voix dans la tête de l’inspecteur, fan de Derrick et de Colombo, il ne va pas le lâcher. Léo en a vu d’autres. Il ferme les yeux. Il voit Tania qui dort elle est allongée, belle, comme d’ab, à croquer, comme d’ab, elle a les yeux fermés. Il sent qu’il peut l’embrasser. Il se lève et dépose sur ses lèvres un baiser qui la fait sourire. Il la sert dans ses bras. Elle lui dit qu’elle l’aime. Et il ouvre les yeux, il est en face d’elle, elle a enlevé son masque de fille perdue et dans ses yeux, il voit le bonheur. Il fait lumière autour d’eux, d’une clarté inconnue des hommes. Ils s’en vont en âmes.

Dans les yeux de Tania le bonheur qui avait si profondément rebondit s'est installé. Et l'élève s'est fait chopé en lui fermant les yeux. Il n'oublie pas alors qu'il est traîné au bureau du surveillant chef, le regard de Tania. Quand on lui demande de raconter les circonstances de la mort de Tania. Il s'enferme dans un mutisme qui le déclare coupable. Comment dire ce qu’il vient de voir, deux âmes se rencontrer et disparaître comme par magie.




LE COUPLE DU TROTTOIR



Paris. La ville est envahie de touristes, et une guide s'escrime à faire visiter les lieux à un groupe de visiteurs agités. L'un d'eux blague à l'encontre d'un couple de clochards qui s'engueulent. Leurs voix portent et la jeune fille, sans se retourner, reconnaît le couple et se dirige vers lui. Elle glisse un billet à l'homme, qui se lève et leur fait un salut. Les touristes sont étonnés de l'attitude de leur guide jusqu'alors très réservée et sérieuse. L'un d’eux s'interroge tout haut de ce comportement fantasque. La jeune femme lui répond que ce couple-là a la plus merveilleuse histoire qu'on peut connaître. Le couple se remet à faire de leur conduite l'attraction publique.

Le groupe invite la jeune guide à se reposer et à leur raconter cette histoire:
“Ces deux personnes sont des artistes, de merveilleux artistes, cela fait dix ans qu'ils vivent ici, et sans doute y resteront-ils encore dix ans de plus. L'homme est un grand metteur en scène et la femme une actrice. Un jour il se rencontrèrent pour jouer une pièce...”
L'auteur est assis à côté du metteur en scène et de temps en temps, Luigi Pirandela donne son avis sur l'interprétation. Nous sommes au dernier acte de la pièce et tous les acteurs sont fatigués de recommencer une scène. Toujours la même. Une jeune actrice, celle qui tient le rôle principal, est la cause du tourment du metteur en scène. Cela fait une demi-heure que l'auteur est parti, et les acteurs commencent à en avoir marre de répéter. Le metteur en scène saute sur scène. Il trouve que ça ne va pas, une façon de se tenir. Il est sûr qu'à ce moment de la pièce, l'actrice doit agir autrement, et personne ne sait quelle mouche pique la jeune actrice, elle se met à répliquer tellement fort que le metteur en scène est piqué au vif de son orgueil. Il hurle, la salle se vide, sa voix est comme un torrent, elle va vers la mer, elle s'emplifie. Chassés par elle, les acteurs se cachent afin de voir ce qui va se passer. Rien. Pas un bruit. La jeune actrice et le metteur en scène réfléchissent. Le metteur en scène donne des idées sur le sentiment du spectateur qui se sent volé dans ses émotions. Il éprouve une frustration devant le manque d'intelligence du jeu de la jeune fille, si flagrant et si communicable à toute la salle. La jeune fille lui dit qu'elle s'en va, qu'il est tard et qu'elle va penser à tout ça. Et tout s'arrête là.
Les acteurs rentrent ensemble rassurés, le metteur en scène réfléchit toujours un peu, mais est très calme, il envisage, plus qu'il ne sait. Il va dîner dans un petit restaurant sur les bords de la Seine. Il y a toujours sa table. Et il rentre dans son petit appartement parisien. Là, sa femme et ses enfants l'appellent, “Oui, tout se passe bien, bonne nuit Jérémie, je t'aime Léa”. Puis sa femme lui rabat les oreilles sur sa position de père qu’il n'assume pas suffisamment, elle lui dit qu'il est un petit garçon et qu'elle en a marre d'être sa mère. Il lui dit que c'est bien, et qu'elle est une bonne mère et un bon papa aussi. Il raccroche le téléphone et le laisse hors du combiné.
Il va faire une promenade, il boit un coup dans un petit restaurant et voit une jeune fille qui le regarde. Il réfléchit, et il s'en va. Il se couche et repense à sa femme. Il remet le téléphone. Il fait froid dans sa chambre, il prend une autre couverture, il n'aime pas fermer la fenêtre quand il dort.
Le téléphone sonne, il était en train de rêver qu'il volait, il adore, ça arrive rarement. C'est comme si vous conduisiez votre corps dans des images. "Allo Cathérine ! "
Ce n'est pas Cathérine, c'est Ophélie, la petite actrice; elle ne peut pas dormir, elle a cherché à le joindre toute la soirée, son téléphone sonnait occupé. Il bafouille qu’elle le retrouve en bas de son immeuble. Elle arrive. Il se lève, s'allume une clope, elle est conne cette fille, pour qui elle se prend. Il n'en a rien à foutre qu'elle se pointe, elle restera en bas. Il va dans le salon et regarde le taxi qui arrive, c'est elle, elle sonne. Il ne répond pas, puis c'est le téléphone qui sonne, il veut répondre ? Si c'était Cathérine. "Allo..." "Je suis en bas, vous..." Il raccroche, mais il s'habille, il va lui dire ce qu'il en pense de cette mascarade. Il descend en robe de chambre. Elle le prend de vitesse, elle est en larmes, avec le visage de quelqu'un qui s'est torturé. Elle pleure et parle en même temps, elle a cherché. Il ne peut rien dire, ça fait vrai; ils se promènent en bas de son immeuble dans la nuit noire. Une voiture a déboulé de la rue et des jeunes ont hurlé de rire en voyant le couple. Et Nicolas s'est rendu compte qu'il était en robe de chambre.

Il regarde de tous les côtés, il ne reconnait pas les rues, elle lui demande de quelle côté il va d’ahabitude quand il se ... " Je ne me promène jamais, espèce de petite conne ! " Le couple a perdu son chemin et Ophélie se marre, car Nicolas est à poil sous sa robe de chambre. Ca ne lui plait pas à lui alors il use de cruauté, ça le soulage, il perd le contrôle et manque de la frapper. Elle se révolte, appelle au secours, et lui veut qu'elle se taise, il lui ordonne de la fermer. Il la tient. Et une lumière les encercle.

Sa femme a appelé, elle confirme que c'est son mari mais plus pour longtemps. Au téléphone, elle jacasse comme une machine à remonter le temps, une histoire à passer une nuit pendu au téléphone. Mais on les coupe. Le jour se lève après quelques coups, quelques bosses échangé avec un jeune flic qui n’aime pas les satires. Il s’approche d’un taxi, le chauffeur se marre, en disant: “Mais je veux bien vous emmener, mais avec quoi vous allez me payer? Avec vos...?” Le taxi démarre, Nicolas ne sait plus quoi dire, cette nuit, ce matin, avec sa robe de chambre déchirée, il marche vers son appartement qui est situé dans les beaux quartiers. Ca fait dix minutes qu'une voiture le suit. Elle s'arrête et quelqu'un descend. Il se retourne, c'est bien elle, un bruit de talons, des renniflements... “Je suis désolée.” “Vous avez retiré votre plainte ? “ “ Non, mais je voulais m'excuser d'abord. ” Il voit son taxi: “ Ramenez-moi.”

Pas un mot, elle a appelé les acteurs et l'auteur pour annuler, et elle a fait venir quelques choses à manger. Elle a toujours les larmes aux yeux. On sonne à la porte, puis une clef se tourne. “ Nicolas !” Les souffles de jaqueline ressemble à un ronflement d’aspirateur dernier modèle. Nicolas sourit à sa femme, et comme de rien n’était, car il n’a rien à se reprocher. "Jacqueline Ophélie, Ophélie... Clack!" Une seule main très forte, s'est abattue sur la tête de Nicolas. Et comme si elle empruntait un escalier roulant dernier cri, elle disparait. Comme une bulle de savon s’échappe de la bouche de Nicolas “ Jaquie ! ” Le silence a installé sa tente dans l’appartement de Nicolas, un silence souverain qui domine les sentiments de deux personnages immobiles. Entre les dents de Nicolas se brise le rien sonore, un son d’alluminium se propulse et un craquement une dent cassé par une préssion mal toléré par la machoire habité d’une dent carrié. Il regarde Ophélie et lui demande de partir. Elle lui dit qu'elle comprend. Elle est partis, il est content, il passe des coups de fils. Jaqueline ca femme, lui donne son congé. Elle raccroche trois fois. Elle rappelle pour lui hurler que son loyé ne sera pas payé, que ces cartes bleues lui seront demandé. Il lui doit tout; il le sait il lui dit. Elle rappelle pour lui dire qu’elle divorce, qu’elle le brisera...
Ca faisait des années qu'il ne s'était pas énnervé comme ça. A peine habillé, voilà les flics qui réapparaissent dans sa vie. Mais lui, il ne comprend pas pourquoi ses voisins les ont appelé. Alors il les insultent, et il se rendort au poste cette nuit encore.
“ Laissez-moi sortir ! “ “ Oh, ta gueule ! “

Les journaux parlent chacun à leur tour des frasques du grand metteur en scène; il apprend dans les pages de l'un d'eux que sa pièce est reprise par un jeune des amis de l'auteur. Il découvre dans un autre que sa femme l'a quitté parce qu'il se travestissait pour attaquer les vieilles dames. On l'appelait le satyre aux glandes mamaires. Ce qui ne veut rien dire mais certains journaux trouvant l'expression marrante l'employèrent en première page. Pendant un mois, en même temps que ses enfants le reniaient, lui avouant que leur mère les mettrait à la porte, et pire les deshériterait si ils le revoyaient. Il était la risée de tout Paris, la honte de toute la profession, il avait le mépris de ses amis. Et la malédiction de sa maîtresse qui avait dû déménager car sa femme lui avait coupé les vivres. Il n'avait plus un rond, et trainait dans les bars. Il était triste et désespéré. Même le fait d'avoir vu le four que rencontrait sa pièce, de ses yeux vu, ne l'avait pas réconforté.

Il a toujours aimé Paris, les pièces de théâtre, la Seine, les restaurants, la Seine, les musées, la Seine, l'art et les femmes, la Seine. Il décida de tirer d'abord et de couler ensuite. Il s'assit, il avait tout son temps. Dans sa poche gonflait l'arme, il se sentait fort. Elle le vit à sa fenêtre, elle, la fille sans espoir. Elle couru dans les escaliers, il avait pris dix ans, son client gueula: " Eh, la pleureuse ..." Elle, la tristesse, elle l'avait bu comme on boit dans le désert, par petites gorgées, pour que ça reste. Et elle s'était habitué à la consommer. A en vivre, elle avait refusé de jouer sans lui, elle avait refusé l'aide des autres acteurs, de sa mère, elle l'avait cherché, puis trouvé dans les magazines, et elle n'avait fait que pleurer. Des types l'ont vu, et l'ont protégé d'elle-même, ils l'ont embauché. Et l'ont baptisé “La pleureuse” “Toi, va voir avec la pleureuse.” Elle, la “pleureuse” fataliste, en se rhabillant avait vu un reste de souvenir. Le sien, en bas, elle le rattrapa. Il voulu la fuir. Comme une maladie, elle le tatoua de son amour et de son respect, il la défendit contre ceux à qui elle appartenait. D'où la balafre, d'où la grande gueule.

" Mais pourquoi est-ce une belle histoire " dit un touriste.





L' EAU EST MON VISAGE



Ce matin déjà, s'approchant près de la rivière pour s'attarder à respirer l'air frais alors qu'il venait de courir, au lieu de s'asperger de l’eau de celle-ci, il préférera boire de celle de Mont Truc.

Le soleil se lève au devant et autour de lui, chassant la rosée, transperçant les arbres pour se déposer au sol de son escapade sportive et aérante. Il est envahi en vainqueur par ce jour qui finit de grimper, et définitivement arrose la forêt de son éclat. En conquérant, il s’arrête un instant et s’alimente de ce jour nouveau en achevant en de fines pensées son emploi du temps. Il a bien footé trois heures, sans cette transpiration intense et brûlante qui lui faisait défaut. De retour à sa voiture il conduit en vrai sportif du volant qui n’a ni besoin de musique ni de compagnie pour s’abandonner à être heureux. La douche coule pendant de longues minutes sur un corps osseux et filiforme, pas d'embonpoint, il y fait attention en roublard d’homme d’affaire qu’il a toujours été, il s'expose sous son meilleur visage et quand la mode du sculte-mon-corps a sonné, il n’était pas le dernier.

Cette année, il s’est offert ce voyage en solitaire, sans amie, sans famille, pour souffler de tout ça, pour reprendre le goût de l’imprévu dont il a tand besoin. La serviette a bu, la légère éraflure laissée donne à l’homme qui se tapote d’après-rasage une mince sensation de souffrance qui le rend plus snob, plus serein. C’est en pas de danse qu’il s’habille, pas la peine de prendre son temps et non plus de le perdre, il va pique-niquer au bord de l'eau, faire le vide, il a déjà prévu son coup. Il entrera dans la cuisine du restaurant où seule la cuisinière l’attend avec un petit panier de charcuterie et de salade, une bouteille de vin dépassant du panier. Pantalon en velours flexible, chemise à carreaux dernier cri et pull noué à la taille.
Mince, tout allait si bien, tout était si fluide, dans l’escalier il a glissé mais heureusement, seul son honneur de type de bonne humeur est cassée. La cuisinière qui a tout entendu ce précipite à sa rencontre. Voyant son pique-niqueur elle sourit, sans tarder elle l’aide à se relever du ridicule et de la dernière marche de l’escalier. Il n’aime pas tomber surtout pas devant cette mignonne et ronde petite cuisinière qui lui jure de ne dévoiler à aucun des deux clients qui s’amusent au premier la malheureuse aventure de monsieur. Elle lui sert un verre de Cognac, qu’il avale en se disant "Je suis sûr que j’ai le dos cassé". Et alors que Marie sourit et lui promet à son retour de merveilleux petits à côté, juste ragaillardi par cette proposition délicieuse, il part armé de son panier, pique-niquer au bord de l’eau.


Démarrage, "Je suis sûr que j’ai le nez cassé", accélération, "je suis sûr ..."
Et des tournants où toujours la même phrase subsiste. Mais arrivé au bord de l’eau, l’air et la faim, les sandwichs au pain complet et le poulet, la salade et le vin, il s’endort, la tête sur un coussin et le corps à même l’herbe fournie et soumise. Le ciel prend son temps pour régler la circulation des nuages et le soleil est finement voilé en longues intermittences. Notre ami est ballotté dans cette chaleur satisfaisante qui se dilue dans les respirations des grands arbres qui ornent, bien heureux, cette forêt. Le soleil doucement atteint de sa lumière au zénith, une autre part de l’horizon. Un frisson réveille notre dormeur en fin de digestion. En sa solitude murmure " Mon nez", il sent très fort qu’il est cassé et il s’approche de la rivière, et voit au fil de l’eau s’enfuir son visage qui a fugué, qui est tombé dans l’eau, et au fond de la forêt, dans la direction du courant, il entend un cri de joie qui dépasse les sonorités entendues par la nature... On dirait un concert de voix reflétées mille fois, répercutées insolemment dans un amplificateur surpuissant. Il court, il ne sait pourquoi, il suit cette situation absurde, il court, il ne sait pas où il va, il poursuit son visage aux flots de la rivière qui mène sa raison à la dérive, il a perdu le contrôle. Son souffle lui manque, et ses oreilles l’abandonnent, le bruit assassine sa volonté, à quoi bon courir après ce qui ne se peut pas. Mais à cette vitesse où ses pas ne sont plus qu’une coordination musculaire énervée et soûlée, il arrive devant l’antre de ce hurlement, qui lui romp encore les oreilles qui le protégent en étant maintenant plus du tout efficaces. La rivière se perd dans une grotte qui est recouverte d’une chute de lianes, de feuilles, et de fleurs. C’est merveilleux à voir, un instant il plonge à travers. Au devant de lui un homme hurle, mais dans sa course qui s’abrutit, il voit que l’homme n’a pas de trait. Et il le voit tourner son uniforme face qu’il abaisse vers la rivière, et baignant sa tête au fond d’elle, il en retire le visage de notre homme heureux, et disparaît à travers les lianes, d'où il était entré il y a cent cinquante ans.
Un petit cri s’échappe, alors qu’au loin, un homme habillé en habits de théâtre sans doute, marche, respirant à pleins poumons l’air de ses narines, voyant Ô merveille, ce gai paysage se perdre au devant de lui, suivant le cours de la forêt, vers un destin qu’il prendra à pleine vie, par delà les épreuves par delà le temps.
Sans visage s’assoit au bord de l’eau en silence, ne ressentant de ses sens que l’impression du flot montant vers lui, porté par le courant de la rivière.




















LES DOIGTS CROISES



Il ouvre son petit frigidaire, où il a mis son alcool à refroidir, des petites bouteilles échantillons, qu'il achète et récupère dans les hôtels où il passe. Il a choisi un trois étoiles dans la rue Voltaire de la ville de S. Il est satisfait, il ingurgite son alcool malgrès une petite toux. Assis sur son lit à couverture brodée, il défait sa cravate pour la troisième fois, il se gonfle “à bloc” pense t-il.

Il commence à faire de plus en plus chaud et son complet ne lui permet pas de se relâcher. Il marmonne quelques phrases d'introduction à la discussion, il aime la vitesse d'observation et le mensonge, il ne dit jamais ce qu'il pense. Sa tête tangue d'avant en arrière, et ses cheveux sont scotchés anormalement à son crâne. Il est gluant, il tombe comme un sac sur le lit et commence à sourire du faux état qu'il simule.

Quand on habite un petit village où l'on est mal considéré, dévisagé vite écrasé, vite moins que rien, on souffre pour sa maman et pour soi-même. On pleure en cachette et lorsque l'on se sent suffisamment puni, que l’on sait qu’aujourd’hui encore on est en retard à l'école parce qu'on a trop peur de ces situations impossibles de railleries. “Non, ma mère n'est pas une putain”, “Mais si ” si fort, hurlent l’unanimité. Brisé par le son qui monte et qui lui arache petit à petit sa vérité. Il se send seul, un peu tremblant, beaucoup trempé, après les heurts, il regarde les autres enfants jouer, il aime les autres Mathieu. Ca fait deux mois qu'on ne le lâche pas, depuis son retour de la ville avec la belle Simone, comme on l'appelait avant. Celle que l'on voulait marier pour l'honorer, et qui après le décès de ses parents, est revenu au village avec un enfant.

Simone la pute, n'a pas un ami ici. Elle s'est senti rejetée au propre enterrement de sa mère. Ils se sont tous assis à l'église. Ils ont suivi le cortège, ils ont attendu qu'on l’enterre, puis ils sont partis sans que jamais l’un ne perde un regard pour la mère et l'enfant. Jean non plus ne se retourne pas “ Je t’aime !” Crit le souvenir de cet homme qui des années auparavant demanda à Simone de l’épouser. Un absent au cortège Simone ne voit pas Guillaume. Il est parti du village parce qu'elle n'était plus là. Simone la pute, bien que fière et courageuse, vieillit à vue d'oeil, elle n'ose même pas partir, une ombre de fatalisme traîne dans son esprit, détruisant ses projets.

Ils sont massés autour du fils de pute, et ils entendent bien lui faire avouer. Paulo s'avance vers Mathieu et lui donne un coup de poing. Mathieu est à terre, il voit les autres se rapprocher et les coups pleuvoir. La maîtresse est un peu plus jeune que Simone et n'est pas encore mariée, si seulement Guillaume rentrait. Le fils de l'épicier n'a pas donné de nouvelles depuis qu'il est parti. On ne sait pas ce qu'il lui est arrivé. Tout le village en parle.

Trois étoiles c'est une ascension pour lui, jouer avec le vent est une chose qu'il sait faire. Il se remet en place, il a fini sa fièvre, et il est debout comme si de rien n’était. Au dehors, la nuit est tombée, mais le ciel est dégagé. Il met sa veste de costume, faite sur mesure. Il descend à son rendez-vous, il rythme son pas et arrive devant son négociant en vin, un peu essoufflé, la main sur son portable. “Je suis heureux de vous rencontrer”. Il peut doubler son chiffre d'affaire, l'image de marque du produit est à faire et la promotion du vin se fera par lui-même. L’Europe et les États-Unis, il démontre son plan de travail, et à la fin du repas, sable le champagne. Il n'en boit pas une goutte. Enfin, il raccompagne le négociant dans sa voiture, où celui-ci lui signe une avance.

A la porte de sa chambre, alors qu'il finit ses valises, on frappe. Un mot, police. Vite il ouvre. On lui annonce que son client vient de se suicider dans un hôtel, il venait de recevoir une prostituée qui a été interrogée et qui jure n'avoir pas commis le meurtre. On a retrouvé les empreintes du mort sur le pistolet. Mathieu reste un instant sans voix, il raconte son entrevue professionnelle avec le mort. Il promet de rester à la disposition de la police. Et il visite la ville de son enfance, allant voir la famille de la victime. “Franck Dubosque, commercial”. Il assiste même à l'enterrement de son client, et rend cordialement l'avance que lui avait consentie celui-ci. Il prend du temps avec les gens du village. Ils l'aiment bien et font des affaires avec lui, il a de grands projets.

Mathieu rentre chez lui avec cinq heures de retard, sa mère est parti deux fois le chercher. Elle se lève et court vers lui. Il lui demande de le lâcher et prend son assiette, qu’il emporte dans sa chambre. On leur a encore cassé un carreau, ce coups-ci il sait que ce ne sont pas les enfants, ce sont ses amis maintenant. Il a bloqué la porte de sa chambre. Simone lui demande comment ça s'est passé à l'école. Il ne dit rien.
Sa maison n'est plus attaquée par les pierres. Quand il rentre chez lui, sa mère essaie de lui parler, elle change de ton chaque jour. “Non, mais tu vas m'écouter ?” Elle essaie de l'attraper dans la petite maison mais il arrive au premier, où elle ne peut accéder car il se barricade. Elle hurle qu'il lui ouvre. Puis elle se calme et lui apporte son assiette.

“On va partir. Nous n'avons plus d'argent et personne ne veut nous donner du travail, et il ne me reste plus rien à vendre.”
“Alors tu vas partir avec ta putain ?” Mathieu ne dit rien, il ne sait même pas comment ils sont au courant. Il prend une seconde avant de répondre. Il ne veut pas partir.
“ Tu ne crois pas que tu as fait assez de mal ?” Cela fait quatre mois qu'il ne lui parle plus. Elle prend un temps avant de répondre, elle veut le serrer dans ses bras. Il a les yeux pleins de larmes, il se détourne d'elle. Elle sait qu'il l'aime, elle le sent, et dans la maison vide, elle s'approche doucement de celui qui lui échappe, à chaque fois qu’elle le frôle, il se crispe. On voit bien qu'il a envie de craquer. De décroiser les doigts quand il ouvre la bouche. Le taxi klaxonne un long moment. Dans l’escalier où il s'est assis, sa mère monte, aspirée par l'envie de le serrer sur son coeur, qu'il peut guérir. Le chauffeur de taxi a les yeux écarquillés à la vitre de la fenêtre, sa cliente s'écrase sur le sol; elle vient de tomber. Il a tout vu, l'enfant l'a poussée. “C'est un accident”, dit le petit Mathieu à la police, ma mère à glissé et j'ai essayé de la retenir. Paul se réveille avec le visage de Mathieu en lui, il ouvre doucement les volets de la fenêtre de sa chambre et réfléchit au grand air, à chaque habitant du village. Les gens chez qui il est pour commencer.

Insoupçonnable, les doigts croisés dans les poches, il se laisse guider par ses anciens amis qui voient en lui un regard sur l'avenir. Il leur promet de donner de l'essor à leur petit village. Alors qu'il boit un verre au bar, avec un petit groupe de clients potentiels, il entend une voix qui lui mord l'oreille. Un homme discute avec un autre, il est question de Mathieu. Le chauffeur de taxi vient de le reconnaître et il jure qu'il s'appelle bien Mathieu. Le petit Mathieu. Le chauffeur de taxi a bien soixante-dix ans passés et ceux qui entourent Franck le présentent au vieux monsieur. Le vieux chauffeur de taxi se laisse inviter et cesse d'appeler Franck Mathieu. Mathieu croise ses doigts nerveusement.


MADAME LEDRU



Madame Ledru a vu quelque chose à sa fenêtre. Elle fait une tête étonnée. Elle, la doyenne du rez-de-chaussée, l’habituée des va-et-vient, depuis qu' on a encore fait grimper de onze étages le niveau du gratte-ciel, qui en compte maintenant cent vingt-cinq, n'a plus de temps pour elle, et son train-train s'en voit changé.
La télécommande de la télévision dans le dos, elle ponctue ses journées de retraite par des pivotements. La fenêtre, la télévision sur Canal Amour, elle a ce qu'elle veut; “Les feux du four”, “L'amour toujours”, “Toujours l'amour”, “L'amour dans le vain”, “Gloire, sexe, et cagnotte”...
Elle vient juste de quitter Jimbo, le gars de Speedocourse, avec lequel elle parlait de la nouvelle loi sur les naissances. Elle transpirait, à soupirer sur cette injustice, alors que Safia passait avec ses cinq enfants, qu'elle devait monter au quatre-vingt douzième étage à pieds parce-qu'elle n'avait pas d'argent pour payer l’ascenseur. Jimbo, révulsé, partit à toute allure. Il avait encore des courses à faire, et il n'avait vraiment pas envie de penser à cette pauv'dame, une allocante qui devait monter ses gosses en bas âge. Révulsé, il accéléra... Sous son casque il écoutait Bilal et regardait la route colorée par ses lunettes anti-gris; “Nin, nin, nin...”

Ledru n'aime pas beaucoup ça. Depuis dix minutes un petit bonhomme à lunettes la regarde. Elle pivote, appuie sur la télécommande, s’allume la lumière de la salle de bain. Il fait chaud et elle met vingt-cinq minutes à y aller. Elle a eu la jambe brisée par un bus. Elle était en tort. Devant la glace qui la dévisage, elle se demande ce que peux bien lui vouloir ce curieux petit bonhomme. Elle y pense dans sa salle de bain au carrelage blanc impeccable, “nickel”, comme disent les enfants de Nathalia, la nouvelle du cent vingt-deuxième qui la supplie de lui ouvrir la porte pour faire pipi, quand elle passe. Ca lui donne envie de pisser de circuler près d'une heure dans les escaliers.

Celles qui arrivent en haut n'ont souvent pas de travail et ne peuvent pas s'acheter une carte de transport. Alors elles font tout à pied. Elles passent tout leur temps à aller chercher leur nourriture. Elles ont toutes des bébés, alors que la plupart des maris sont à la guerre... Les hommes qu